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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

La Chute de Bhall - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

paint with fire

 

Les Chuchotements d'Agares

 

     Vingt et un jours avant la pluie de feu j'eus cette vision. Alors que j'enterrais encore ma bien-aimée je commençai à voir, non pas son corps glacé, mais les plus froides étendues de l'Enfer. Perché au sommet de la montagne Mulyr, dominant un désert éternellement gelé, ce trône était le point culminant de l'Enfer; de par sa hauteur plus que son rang cependant. Le trône était sculpté dans la glace, il dominait un élégant sol marbré qui se terminait à pic au bord de la montagne. Une collection de statues l'entourait, c'est en tout cas par ces images que ma vision commençait: des statues d'hommes et de géants, avec celle d'un elfe ici et là.

     Le roi sur ce trône était le Dieu de l'Hiver. Dans ma vision, son visage était assombri, mais ses yeux que je pouvais distinguer, de leur éclat bleu, illuminaient le sommet de la montagne.

     Son corps était émacié, mais lorsque finalement il se leva, un grondement tel une avalanche parcourut les airs. Regardant le sol, il souffla un vent glacial, et une mince pellicule de glace recouvrit le marbre. Mon regard se dirigea dans la même direction que le sien alors que des scènes de mon propre monde se jouaient sur cette glace.

     Des paysans en appelaient à Sucellus pour que celui-ci mette de la nourriture sur leurs tables. Rois et Seigneurs utilisaient les feux de Bhall pour se défendre des sorciers, et ces sorciers faisaient appel aux pouvoirs d'eau associés à Danalin pour les éteindre. Dans toutes les scènes auxquelles nous assistions, nous voyions les peuples de mon monde acclamer les dieux dans la joie ou dans l'espoir. Mais le nom de Mulcarn n'était lui murmuré que dans la peur, aussi peu souvent que cela arrivait. Les offrandes ne lui étaient faites que pour s'en protéger; ces offrandes étaient le plus souvent des coeurs de cerfs encore brûlants que l'on plaçait dans la neige, pour détourner son attention des demeures humaines pendant les mois les plus froids de l'hiver. Ses prêtres étaient peu nombreux et ses convertis tout aussi rares. Ce que je voyais je le comprenais et le trouvais normal, mais le Roi de la Glace était lui furieux devant tel spectacle.

     "Homme, mais quelle folie appelles-tu sagesse! Ne sais-tu donc point que sans mon repos le monde ne pourrait jouir d'une si folle énergie au printemps? Crois-tu vraiment que c'est de mon mépris que j'ai recouvert ce monde d'un manteau neigeux? J'étais aussi là, lorsque ton monde chancelait, et ma sagesse était présente au-delà de mon repos. Mais tu as détourné ton coeur si loin de moi, pour rejoindre mes rivaux, et même mes alliés dans un premier temps. La peur ne suffit-elle donc pas à ce que tu me voues un culte véritable, Homme? Ou peut-être t'en faut-il davantage pour prendre conscience de ta folie!"

     Une dernière scène se joua devant moi, une scène qui semblait se passer non pas dans le royaume de l'Homme, mais dans un autre enfer, vaste et vide, avec pour seule lumière celle du crépuscule. Deux divinités apparurent, et je ressentis chez mon divin Hôte un puits de frustration et de colère envers l'une d'entre elles, envers la Reine Brillante. Bhall, enflammée, s'adressait à Agares, dont l'image pour moi ne cessait de changer, passant d'un jeune garçon à un vieil homme jusqu'à représenter un cadavre racorni.

     "Cesse de mentir, Agares, ma patience a des limites."

     "Il n'est de mensonges en cet endroit, seulement la vérité nue. C'est pourquoi si peu osent venir l'affronter. Or ce n'est pas sous le feu de la colère que tu parles, mais avec incertitude. Mais je te le dis, cette incertitude est en soi la preuve même que mon offre t'intéresse! Aussi, t'est-il autorisé autant de liberté lorsque tu t'adresses à ton maître, le Premier?"

     "Il m'est donné une parfaite liberté d'action à l'intérieur des limites que nous avons tous acceptées."

     "La liberté d'action! Mais n'est-ce pas là que pure illusion? Moi je t'offre la liberté d'intention."

     Bhall ne reprit pas la parole, très hésitante, puis elle s'envola, pour disparaître rapidement de mon champ de vision. Agares se tourna dans notre direction, la peur qu'il me voie me paralysa, mais ce n'est pas à moi qu'il s'adressa. "Cela arrivera, Mulcarn, elle sera mienne. Sois prêt."

     L'Enfer Glacé s'évanouit alors devant moi comme si ma vision avait laissé place à la réalité. Le rire profond du Roi de la Glace fit écho à travers la salle du trône. Il se tourna vers les statues l'entourant. Les sculptures n'étaient plus de glace, mais des hommes et des géants ayant une vie durant servi Mulcarn. "Préparez-vous", leur dit-il, et tous répondirent par un signe de tête. Ma dernière vision de ce royaume fut son armée, descendant le flanc de la montagne.

     De retour aux côtés de mon défunt amour, je me rappelais la vision. Les deux mots hantaient mon esprit, "Préparez-vous." Je compris alors, si la vision était vérité, ce dont je ne doutais pas, que l'Age de la Magie arrivait à son terme.

 

- "Les Mots du Père", histoire transmise aux Amurites de générations en générations et jusqu'à la fin des temps -

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