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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Le Momus

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

The-master-puppet

 

Préambule

 

     Kylorin était le plus grand mage qu'Erebus ait connu, personne ne rivalisait avec sa polyvalence et sa perspicacité. Quelques individus, pourtant, le dépassaient en talent pur. Mais la jalousie n'était pas un défaut de Kylorin, même à son plus mauvais. Aussi, il partait souvent à la recherche d'étrangers capables d'apprendre des aptitudes particulières à ses élèves.

     Perpentach était l'un de ses étudiants, un maître de la magie de Pensée comme il n'en avait jamais connu auparavant. Il pouvait contrôler les esprits sans même le vouloir. Mais malgré son jeune âge il en avait déjà largement abusé, ce qui avait rapidement mis un terme à sa santé mentale. Le jour où il l'avait rencontré, Kylorin avait guéri son esprit, et avec les pouvoirs inégalés de Perpentach à sa disposition, il pensait que son empire de plus en plus sombre n'aurait plus à affronter la menace d'une révolte.

     Le jour où Kylorin comprit lui-même que cet empire, et par sa main la plupart du genre humain, s'effondrait, il tenta de réformer Patria, provoquant sa chute, la chute du peuple le plus puissant d'Erebus. Kylorin avait lui-même éduqué ses élèves pour en faire des instruments impitoyables de contrôle et d'oppression, si bien que peu d'entre eux acceptèrent de ne pas outrepasser les limites qu'il avait alors tenté de leur imposer.

     Le jour où Kylorin vint à stopper les manipulations de Perpentach, il faillit y laisser la vie. Mais il réussit la seule chose pouvant le sauver: assommer Perpentach en défaisant son travail antérieur; alors l'esprit de Perpentach fut inondé des pensées des personnalités qu'il avait  auparavant conquises grâce à son pouvoir magique.

     Peu disposé à tuer l'homme qu'il avait corrompu, Kylorin enferma Perpentach dans la Tour des Yeux, un donjon au plus profond de terres en friche et gardé par des golems dénués d'esprit...

 

 

Perpentach 



     Tout seul. Juste lui, entre quatre murs. Encore.

     "Tu sais que tu n'étais pas en prison à l'époque, cher enfant," lui dit Soeur Serisa. "La Communauté de Sirona a pris soin de toi, du mieux qu'elle pouvait. L'Asile était désagréable, peut-être, mais pas à ce point. Tu étais famélique quand nous t'y avons amené, famélique alors que tu vagabondais dans les rues, conversant avec tes parents morts depuis longtemps."

     "Elle a essayé de nous éloigner de toi, Perpentach. Elle nous a tous enfermés, te disant que nous ne serions pas toujours là pour toi." Sa mère tendait les bras dans sa direction.

     "Tu n'es pas fou, mon fils," lui dit Kylorin. "Tu es un magicien virtuose, une personne au talent exceptionnel, pour la magie de Pensée dans ton cas. L'épisode de l'Asile en est la preuve. Presque trois cent patients sont morts dans l'indifférence, uniquement parce que la Communauté toute entière était ensorcelée par ton pouvoir fantaisiste. Je pourrais utiliser ce pouvoir dans notre intérêt."

     Son maître faisait les cent pas dans la petite cellule. "La magie a toujours un effet direct sur ceux qui l'utilisent, j'ai remarqué, et spécialement sur ceux qui n'y sont pas préparés. Ton pouvoir est très lourd à porter; une copie des esprits que tu as violé réside dans ton propre esprit. Telle est la source de ta folie. Le jour où je t'ai trouvé, j'ai bloqué cette partie de ton esprit, en utilisant ton propre pouvoir."

     "Ce n'est pas tout ce que tu as fait," dit soudain la plus âgée des deux apparitions de Kylorin à la plus jeune. "Tu as échangé la folie contre la cruauté. Nous étions trop assoiffés de pouvoir pour remarquer à quel point tu étais corrompu, mon fils. Je suis désolé mais je me devais de te le dire."

     "Corrompu? Tu nous as trahi, nous et tout ce à quoi nous avions travaillé!" Le jeune Kylorin bouscula le vieux spectre contre le mur de pierre froid de la cellule de Perpentach. "J'aurais été fier de ce que Perpentach était capable d'accomplir!"

     "Fier? Grands Dieux, j'ai tué Gastrius pour bien moins que l'atrocité commise par Perpentach."

     Gastrius, jadis étudiant spécialiste en Métamagie, se pencha au-dessus de l'épaule de son mentor pour ajouter, "Sauf que vous ne pouviez pas tuer Perp, Kylorin. Il était bien plus fort que vous, le plus fort d'entre nous tous. Il a d'ailleurs failli vous tuer, vous le grand et puissant "Kylorin le vertueux", ce traître."

     Le vieux Kylorin se libéra, "Le mal il a fait... mais ce n'était pas sa faute, c'était la nôtre. Toutefois je devais l'arrêter. Alors je nous ai isolés. C'était là sa plus grande faiblesse, à cet instant critique, et alors qu'il m'avait presque vaincu je réussissais à défaire la protection que je lui avais affectée autrefois, et cette poussée de folie suffit à l'accabler. Et maintenant nous sommes là, nous et toi. Peut-être devrais-je mettre un terme à ta triste vie une bonne fois pour toutes."

     "Reste en dehors de ça!" cria sa mère.

 

     Perpentach se retrouva seul avec ses pensées encombrées. Il tomba sur le sol, couvrant ses oreilles et hurlant pour tenter de trouver la paix. Ce fut en vain et, désespérément, il stimula son esprit à la recherche d'autres âmes, de quelque firmament dans l'océan de sa folie. Kylorin n'avait pas fait l'erreur de le sous-estimer cette fois-ci; il n'y avait aucun campement humain à plusieurs lieues de sa prison, une tour profondément enfoncée dans les terres marécageuses. Chaque nuit il chercha quelque pensée, quelque lueur de vie existante, jusqu'à s'évanouir.

     "J'en suis sûr, tu nous entraîneras au-delà des limites de Patria avant de trouver Kurias, Balmaflu." L'homme qui articulait ces mots était tout prêt d'entrer dans la sphère de perception de Perpentach. Alors une lueur d'espoir s'alluma dans l'esprit de Perpentach, un plan machiavélique. Lorsqu'il sentit les voyageurs s'éloigner, il sauta sur l'esprit de cet homme. Sa connexion à son propre corps vacilla, presque totalement rompue, et celle-ci de retour dans la cellule, le mage s'effondra par terre.

     "J'entends la rivière," répondit Balmaflu, "Je suis sûr qu'elle s'écoule vers l'ouest... Momus? Tu vas bien?" Le meneur de leur troupe était devenu pâle, arrêtant brusquement sa roulotte.

     "Je, nous devons faire demi-tour..." Le Momus était pris d'un important malaise. Perpentach était désespérément  pressé de retourner à son propre corps; dans l'esprit d'un autre, il était coupé de l'essentiel de son pouvoir. Et cette petite troupe de théâtre n'était pas assez nombreuse pour vaincre les golems le séparant de la liberté. Alors il prit son mal en patience... laissant ces fous l'emmener dans un village.

     Le Momus secoua la tête. "Je suis désolé, mon ami... pendant un temps mes pensées n'étaient plus miennes comme on dit. Mais dépêchons-nous, ce marais me donne la nausée."

 

     Rork recherchait sa fille. Elle aurait déjà dû rentrer pour la traite des bêtes. Mais lorsqu'il la retrouva dans un champ, elle était traînée par un loup. Rork empoigna une fourche et le pourchassa. Le loup restait hors d'atteinte, mais Rork ne voulut pas abandonner même si l'affrontement devait lui coûter la vie, sa fille était bien trop chère à ses yeux.

     Si détesté était le cousin du garde. Si beau était l'amour du forgeron. D'une si grande valeur étaient les biens dérobés au fils du maire.

     A l'instant où les comédiens arrivèrent en vue du village, ils purent apercevoir la foule se diriger vers eux, chaque individu chassant son propre démon. Le Momus était proche de l'évanouissement en raison de toute l'énergie que Perpentach lui avait absorbé pour amplifier ses illusions. Mais d'une voix rauque, il réussit à ordonner, "Suivez la foule... retournez au marais..."

 

     La plupart des villageois trépassèrent durant les assauts dirigés contre les golems. De plus, nombreux sont ceux qui étaient tombés le long du chemin, incapables d'atteindre dans les trois jours la prison. Finalement, assez survécurent pour libérer Perpentach. Pas un d'entre eux ne fut oublié cependant. Une multitude d'individus avait rejoint la foule déjà présente dans son esprit, mais Perpentach apprit vite qu'il existait plus de voies pour survivre à la folie que pour s'en cacher. Et il l'embrassa cette folie, maîtrisant les esprits grâce à sa pensée, et dirigeant à la fois un petit fief loin du feu de Kylorin, ainsi qu'un grand nombre d'individus dans les impasses de son esprit.  

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Alice 05/03/2011 19:46


Ah c'est classe, j'adore les livres fantastique! J'en ai même écrit un. Mais là j'ai fini un tout nouveau roman très différent des autres:
http://alice815.unblog.fr/
Super blog!
Alice