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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

La Littérature en Erebus - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Catacombes Libralus

 

Les Catacombes Libralus

 

      Sebill arriva devant une porte où était inscrit "Acquisitions." Le cocher l'y escorta et frappa deux fois. Elle s'ouvrit, laissant apparaître un minuscule boucher. Le nain leva les yeux en direction du cocher puis observa Sebill. "Bien, bien!" dit-il avant de les conduire à l'intérieur de ce qui ressemblait à l'atelier d'un charpentier - mais dans lequel le bois saignait lorsqu'on le coupait. "Je loue votre aptitude à la magie de Hâte; nous sommes ici de grands appréciateurs de la magie de Corps, vous savez. Vous méritez d'être largement récompensé pour vos efforts. Avez-vous besoin de nouveaux chevaux?"

      "Ils me conviennent parfaitement," répondit le cocher, "ils sont d'une race solide et résistent aux sortilèges. Avec une bonne nuit de repos et une fois repus, ils auront très vite recouvré leur résistance."

      "Ce sont de bons animaux, il est vrai!" répondit aimablement le nain, nettoyant ses outils. C'est alors qu'une naine grisonnante le rejoint, elle portait une chasuble extrêmement sale. "Magnifique!" dit-elle. "Commençons dès maintenant. Je m'appelle Odea, lui c'est Hahm, je suis certaine qu'il ne s'est pas encore présenté."

      "Anton," dit le cocher.

      Odea se tourna pour examiner Sebill. "Voyons un peu qui nous avons là... Hmm, mieux que ce que j'espérais! Montez-la sur la table." Anton s'avança pour aider à monter Sebill, mais il comprit que cela ne serait pas nécessaire puisque Odea, malgré sa petite taille, y arrivait seule et sans le moindre effort grâce à cette table adaptée aux nains. Odea sourit, "Elle est vide. Aucun organe. J'ai demandé à nos clients de Nubia de la nettoyer pour prévenir les infections. Garder les corps à l'abri du soleil peut également aider à mieux les conserver pendant le trajet." Anton acquiesça. Odea le sentait inquiet. "Excusez-moi, vous la connaissiez?"

      "Non, non... je n'ai aucune idée de qui elle est, ni pourquoi elle est aussi importante aux yeux de ces nobles. Elle n'a rien d'une aristocrate." Il s'arrêta, puis se dirigea vers la porte, "Le reste de la cargaison est dans le carrosse."

      "Son sang, je pensais. Pourriez-vous aller me chercher son sang? Hahm a besoin de l'examiner pour être certain que ses réserves suffiront. Un grand nombre de diluants pour le sang sont naturellement produits sur les terres d'Erebus, mais les nôtres sont les meilleurs. J'ai quelques théories qui permettraient d'augmenter la vitesse de réaction pour rendre cette encre moins corrosive, mais j'aurais besoin de mana d'Entropie pour cela, très difficile à acquérir..."

      Dehors, Anton donna le sang qu'Hahm lui avait demandé, puis il mit ses chevaux à l'ombre. C'était sa première visite en terres Luchuirps. Il reconnaissait avoir toujours été un peu raciste envers les nains, mais ne savait pas exactement pourquoi. Il contempla, et admira l'architecture des Catacombes Libralus; d'après ce qu'il avait entendu dire, il s'attendait à ce qu'elles ne soient pas plus grandes qu'une simple boutique. A l'origine, elles avaient été construites comme des catacombes ouvertes à tous, jusqu'à ce que des nécromanciens commencent régulièrement à les exploiter; cette situation finissant par leur attribuer le nom péjoratif de "Catacombes Ouvertes." Plus tard, un riche homme plein d'esprit les achètera, et les transformera en une institution communément appelée "Catacombes Libralus." Sa partie emergée était une simple structure avec de petits murs, et une entrée parée d'arches et de piliers.

      Anton revint à l'atelier pour regarder Odea dépecer Sebill. Ces incisions parcoururent la moitié du buste de Sebill, le long de sa clavicule jusqu'au dessus de ses hanches. Odea coupa la membrane adipeuse tenant le muscle à la peau, qu'elle tirait vers le haut. Anton gémit à la vue de ce spectacle, ce qui alerta Odea de son retour. Alors elle lui expliqua; son enthousiasme l'emportait sur l'empathie qu'elle avait pour le malaise d'Anton, "La peau est en bon état. Nous l'utilisons entièrement. Le dos de la peau - parce que plus lisse et plus épais - sera tanné, il servira de couverture. Le reste sera étiré, comme le velin, pour faire les pages." Odea s'arrêta, Anton fixait du regard le corps de Sebill. "Ce n'est pas très beau à voir, je sais. C'est pourtant une seconde vie plus qu'honorable pour elle. J'ai fabriqué beaucoup de golems autrefois, mais les animer revenait à faire rouler une pierre jusqu'en bas d'une colline - c'était tellement prévisible. Les livres, quant à eux, sont la parfaite synthèse du fond et de la forme, du corps et de l'esprit, du mythe et du symbole. Ils sont "nous" à tout point de vue." Elle reposa son couteau, et Anton s'assit sur la petite échelle. Odea continua, "Nous pouvons y mettre n'importe quelle aptitude utilisable. Pratiquez-vous la magie?"

      "Un peu, j'utilise quelques sorts pour m'aider dans mes livraisons - accélérer la vitesse de mes chevaux, cacher mes marchandises."

      "De la glace! Imaginez tout ce qui pourrait être fait avec de la magie de Glace! Nous pourrions ajouter des habitants provenant des quatre coins d'Erebus à notre collection. Vous pourriez faire fortune en transportant de la nourriture pour les soldats. Ah, si seulement nous pouvions avoir rien qu'un peu de mana de Glace..." s'enthousiasma Anton. Il y avait déjà pensé autrefois. Odea continua, "Nous utilisons une gamme très précise de magies ici: la magie de Corps nous aide à transformer la personne, mais ce travail est manuel; nos devins utilisent la magie d'Esprit pour entrer en contact avec les morts; et les Enchanteurs peuvent imprégner les livres de propriétés spéciales. Fort heureusement, nous sommes sur des terres où la Nécromancie est hors-la-loi. Souhaiteriez-vous que je vous montre une partie de notre collection?"

      "Merci," répondit-il, "mais je dois avant toute chose mettre mes chevaux à l'écurie. Je dois aussi trouver une auberge."

      "Très bien. J'ai de toute façon besoin de travailler et je n'ai pas vraiment d'intérêt à me disperser. Revenez plus tard, je vous ferai visiter." Odea sourit, "Maintenant laissez-moi je vous prie."

 

      Une semaine s'était écoulée depuis qu'Anton avait livré Sebill. Il était parti vers le nord pour honorer un rendez-vous avec les Calabims qui récupérèrent leur carrosse, lui laissant toutefois un cheval. A son retour dans la cité fortifiée, il passa l'après-midi dans une maison publique, attendant la tombée de la nuit. Il retourna vers les Catacombes Libralus et, devant la porte "Acquisitions", il frappa. Si Odea avait répondu, il aurait une excuse pour justifier sa présence. Dans le cas contraire, les choses se dérouleraient comme il l'avait prévu. Il crocheta la serrure et se glissa dans l'entrée. Presque toutes les lumières étaient allumées, il attendit que ses yeux s'adaptent. Les tables étaient nettoyées et les outils débarrassés. Une porte, ouverte au fond de la pièce, menait vers un corridor éclairé par des lanternes.

      Entrant dans la salle principale, il réalisa avoir sous-estimé l'âge et la grandeur de cet endroit. La taille de la bibliothèque lui rappela celle de la guilde des mages de ses études, mais il n'avait jamais vu autant de livres. La salle était bordée d'étagères pleines de livres de la couleur de la peau. Nombre de corridors descendaient au coeur des catacombes, tous remplis de livres. Anton désespéra lorsqu'il se demanda comment il pourrait trouver un simple livre parmi tous les autres, jusqu'à ce qu'il aperçoive des années inscrites au-dessus des arches des corridors.

      Il entra dans le plus récent, utilisé depuis les cinq dernières années seulement. Il avança tout droit, jusqu'au bout de la rangée. Une petite gravure se trouvait sous le dernier livre. Un nom Malakim; ce livre avec un lion sur la couverture était cependant trop sombre pour être le bon. L'avant-dernier livre était jaune pâle, de la couleur d'une prairie desséchée. On pouvait lire sur la gravure en-dessous "auteur inconnu", suivi de son année de mort. Le livre devant ce dernier était d'un vert grisâtre, une simple corne faisait saillie depuis la reliure. Il prit le livre jaune pâle. Il était haut de deux mains et juste un peu moins large. La couverture était douce - elle était en cuir après tout. La reliure était solide. De l'os? Il imaginait le sternum de Sebill, et pensait à ses seins, dépecés. Il ouvrit le livre et fit courir son doigt à l'intérieur, le long de la reliure. Les pages étaient cousues à la couverture par une ficelle de cheveux bruns. La première page était écrite à l'encre, roussâtre mais pas encore passée au brun. Elle disait: "Mon cher Ain - Tu ne liras jamais ces lignes, mais je t'en prie, sache que je t'aimerai pour l'éternité." Comme un souffle froid le secoua soudainement. Il plia le livre de Sebill, le déposa dans son ballot, et retourna dans la salle principale.

      Il jeta un oeil aux dates situées sur les arches, et descendit vers le corridor suivant. Ses deux bords étaient longés de livres se faisant face. Un fatras de noms se succédèrent dans sa tête alors qu'il scrutait les gravures.

      "Vous cherchez quelque chose, Anton?" Il se retourna pour apercevoir Odea au beau milieu du corridor; elle paraissait détendue. Il essayait de son mieux de parvenir au même résultat. Elle n'avait plus son tablier et s'était habillée confortablement, frappant Anton par sa beauté.

      "Hum... oui. Un livre. Un livre de... mon grand-père."

      "Rien d'autre?"

      "...Non."

      "Comment s'appelait-il votre grand-père?"

      Anton jeta un oeil en direction de la salle principale pour voir si Odea était seule. "Gerad Corman."

      "Je le connais! Un grand révolutionnaire en son temps. Vous l'avez rencontré à l'époque?"

      "Non. Mon père s'opposait à sa politique et avait fui la cité, emmenant sa famille avec lui. Je suis né dans une ferme."

      "Votre grand-père fut assassiné avant que la révolution ne se termine, c'est bien cela?"

      "Oui. Et j'ai besoin de savoir que ce ne fut pas par... mon père."

      "Votre grand-père se trouve là-bas," elle pointait du doigt un corridor un peu plus bas. Anton la suivit prudemment. "Nos devins jouissent de l'outil d'écriture pour les morts, leur autorisant une déclaration finale."

      "Les morts écrivent?" sonda Anton.

      "Nous leur demandons s'ils ont quelque chose à dire. Ils pensent généralement à ce qu'ils auraient pu faire différemment dans leur vie, ils sont ainsi de très bon conseil. Ils peuvent faire leur propre éloge, ou raconter l'histoire de leur vie - nous autorisons aux devins une courte vacance pour se remettre de celles-ci. Ce sont de bonnes âmes, remarquez; nous ne souhaitons pas connaître les dangers d'un livre sans scrupules."

      "Cette femme, Sebill," pensait Anton, "qu'a-t-elle fait pour avoir tant de valeur aux yeux des Calabims?"

      "Les victimes de meurtres ont généralement quelque chose à dire..." Odea s'arrêta de marcher pour se diriger vers un livre, plus petit que celui de Sebill, et plus pâle.

      Anton lui demanda, "Aurait-il pu nommer son assassin?" Odea ne répondit pas, alors Anton souleva le livre de son grand-père, l'ouvrit et lut: "J'aimais le péché de chair plus que tout autre." Il tourna les pages: elles étaient blanches. Il soupira profondément, reposant le livre. Odea recula d'un pas. "Allez-vous également rapporter l'autre livre?"

      Anton faisait face à Odea. "Non. Je suis désolé, mais je dois le voler." Il porta un poignard au niveau de ses yeux et avança lentement dans sa direction.

      "Je ne peux pas vous arrêter," dit-elle calmement. "C'est une faute de ma part pourtant. Ces livres sont extrêmement dangereux, entre de mauvaises mains. Ils ne devraient jamais quitter cet endroit."

      "Je le sais. Mais vos 'clients' ne m'ont pas donné le choix." Ils se tournaient l'un autour de l'autre, prudemment. Enfin, voyant l'entrée totalement dégagée, Anton s'enfuit par la porte de devant.

 

      Hors des murs de la ville, Anton se faufila jusqu'à son cheval, le monta, et lui indiqua le nord. Très vite, un vent puissant et très soudain, en apparence tout du moins, le fit tomber de sa monture, et renverser son ballot. Il vit alors dans l'obscurité se dessiner la silhouette d'une gargouille, les ailes obstruant les lumières de la ville. Il courut, et serait mort sur place s'il n'avait utilisé son sort de Hâte. Au lieu de cela, il perdit la vie quelques longueurs plus loin, à la lisière d'une forêt, tandis que le Livre de Sebill était ouvert sur le bord de la route.

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