Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Voix des Profondeurs - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Overlords

 

Préambule

     Il est dit que le pouvoir résidant sous les vagues Aegéennes est plus grand que tout autre, aussi les Suzerains ne se focalisent pas sur un seul, mais sur des milliers de buts obscurs, aussi différents les uns que les autres.
     Les Disciples des Suzerains préfèrent ne pas directement  s'exposer aux ordres contradictoires de leurs maîtres, utilisant ainsi de pauvres âmes comme intermédiaires. Ces derniers en deviennent rapidement aliénés, rassurant les disciples en raison de leur incapacité à falsifier le message des Suzerains.
     Ils partagent également le procédé consistant à transformer des soldats en "Noyés", sorte d'esclaves morts-vivants. Etant donnée la méthode utilisée, peu de volontaires se proposent.


Les Zélateurs

     Je ne fus pas capable de discerner comment les Cultistes choisissaient leurs Zélateurs. Parfois, c'était un vagabond, parfois le fils ou la fille d'un noble, et tous ceux qui se trouvaient entre semblaient également éligibles. Dans tous les cas, ce dernier était enlevé puis amené au temple, généralement une nuit de pleine lune. Ses pieds et ses mains étaient liés. Son sommeil était commandé. Il semblerait que certaines sectes utilisent toutes sortes de préparations à base de plantes; celle-ci étranglait simplement l'être jusqu'à ce qu'il trépasse. Il était ensuite allongé dans un bassin peu profond, partiellement submergé par de l'eau de mer.
     Toute la nuit, les Cultistes se rassemblèrent autour de cet homme, à l'affût de tout ce qu'il pourrait dire pendant son sommeil. Un nouveau nom lui fut choisi en conséquence. Des mots étaient gravés sur une jarre d'argile, remplie d'eau de mer. Je les ai d'ailleurs examinés sur certaines d'entre elles. "Le Leviathan Frémit Mais Ne Se Réveille Pas," sur l'une d'entre elles. "Verser Le Sang Des Esclaves Dans Le Styx," sur une autre. La victime du soir ne semblait rien entendre, elle resta même silencieuse durant son sommeil, presque jusqu'à l'aube. Dans ce cas, où elle se taisait tout du long, la victime était noyée, puis servait dans l'armée des morts-vivants Suzerains. Heureusement pour cet homme, ou peut-être pas, il finit par crier, "Le lointain a les yeux ouverts!"
     Les Cultistes acquiescèrent ensemble et tirèrent l'homme de l'eau. Lorsque celui-ci les vit le porter, il tressaillit. Les Cultistes ne lui adressèrent pas la parole, le traînant jusqu'à l'arrière du temple. Je ne pus les suivre, mais j'aperçus quelques jours plus tard le Zélateur dans des robes couleur de mer. Ses yeux étaient injectés de sang tandis qu'il avançait dans la foule, sur la place du marché de la ville, engagé dans un constant dialogue avec lui-même.


Les Temples des Suzerains

     Il était placé au coeur du temple, étrange amalgame de perle et de corail, en contact avec le pouvoir des Suzerains. Matière vivante, il se ridait constamment, tel une mer déchaînée, et nous pouvions l'entendre dans nos esprits, cette musique de vagues lointaines. La première fois que je le vis, je compris que jamais je n'aurais dû venir, mais certaines parts de mon être, elles, se réjouissaient, attirées par son charme comme un papillon de nuit par une flamme.
     Les prêtres tenaient des assemblées au début de chaque semaine, ouvertes à tous. Les nouveaux venus étaient emmenés dans la pièce où se trouvait le corail, les autres connaissaient déjà le chemin. Alors que nous arpentions les environs du temple, nous pouvions ressentir le faible murmure des vagues, nous guidant vers son coeur. Nous approchions et chaque fois les profanes se sentaient comme perturbés, dans l'incapacité de dire pourquoi, et ne remarquaient qu'inconsciemment l'onde légère parcourant nos épaules, et nos corps s'inspirant du rythme de la pièce.
     Nous nous rassemblions autour du corail, nous dansions, nous riions, nous faisions la fête, traversés par les étranges visions d'un vaste royaume maintenant enseveli sous les mers. Tandis que les heures s'écoulaient, le tempo de la danse s'accélérait et la musique résonnait de plus en plus fort. Ces airs envahissaient nos têtes, comme un orage toxique, mais plus doux que n'importe quel nectar. Nous étions comme ivres autour du corail, prêts à tout et à n'importe quoi, et plus d'un enfant sera conçu entre de parfaits inconnus lors de ces nuits. Parfois les prêtres se joignaient à notre fête, mais en retrait la plupart du temps, ils nous regardaient, et attendaient.
     Ces nuits m'abandonnaient toujours pour exténué, et mon corps en souffrance pour avoir négligé ses limites. Pourtant j'avais conscience de ne pas devoir aller trop loin, comme chaque année certains mouraient d'épuisement, et j'essayais de rester en dehors de ces nuits autant que je le pouvais. Mais la musique des vagues hanterait mes rêves pour toujours; ce petit air gravé dans ma tête, juste un peu trop discret pour que je puisse l'entendre. Et ces visions que j'aurai après une nuit au temple! J'étais un poète et un artiste, et rien ne pouvait m'inspirer autant que ces visions; mes poèmes de tous les jours n'avaient rien de comparable avec ceux que je composais après avoir écouté le corail. Etait-ce pour mon être ou pour mon art, je n'en suis pas certain, mais je finissais toujours par revenir.
     Une des prêtresses semblait s'intéresser à ma personne lorsque je revins, suite à une absence exceptionnellement longue. Elle ne disait mot, mais je pouvais éprouver ses yeux qui se posaient sur moi quand je dansais. Je saisissais quelques uns de ses rares murmures lorsqu'elle discutait avec d'autres prêtres, bien que je ne pouvais entendre aucun de ses mots avec exactitude.
     Après nombre de ces nuits, quelque chose dans la musique me rendit complètement fou, à un point que je n'avais encore jamais atteint. Ma danse devint frénétique, mes visions fiévreuses, mon corps hurlait à l'agonie, toujours grandissante alors qu'avançait la nuit. Je pus apercevoir les autres s'épuiser, et finalement s'en aller, mais moi je ne réussissais pas à m'arrêter, ne pouvant plus m'éloigner du corail qui semblait soudain ne chanter plus que pour moi. Je voyais les autres ne plus danser comme moi, alors je compris que nous n'entendions pas le même air. Leur rythmique et leurs pas me semblaient totalement hors du temps. Au final, lorsqu'ils partirent, je les ignorai, sachant qu'ils n'étaient pas réceptifs à la même musique que moi, la véritable musique.
     Alors, une fois seul, la prêtresse s'approcha pour danser avec moi. Elle dansait à la perfection, en accord total avec les ondes, et je la regardais, captivé par sa beauté soudaine. Je cherchais à m'inspirer de son élégance, mais ma maladresse m'était évidente; elle ne semblait pas s'en soucier, elle souriait même. Alors elle prit ma main, et continua de sourire; elle nous éloigna du corail, m'emmenant dans une partie du temple où je n'étais jamais allé. Je ne m'intéressais plus à ce qui m'entourait; l'extase produite par le corail n'était rien comparée au plaisir de ses attentions, tant chaque muscle de mon corps tremblait à chacun de ses regards. J'étais perdu en elle, les courbes de son corps étaient comme une vaste, une profonde vallée que je ne pourrais jamais gravir.
     Il ne me vint jamais à l'esprit de protester jusqu'à notre arrivée devant le bassin, et là, elle me poussa dans l'eau. Je sentis quelque chose saisir mes bras et mes jambes puis me tirer vers le fond, mais la prêtresse me souriait, et son bonheur était tout ce qui m'importait. J'ouvris la bouche pour lui chanter des louanges, et seulement alors je réalisai être sous l'eau, une eau qui remplissait ma bouche et mes poumons. Un court instant, la panique me prit et rompit le sortilège. J'hurlai, et la prêtresse me sourit simplement en retour.
     Elle continuait de me sourire, d'une manière si étrangement amusée que je mis du temps à décrypter ce sourire. Il m'est alors devenu difficile de penser à quelque chose, après la noyade; mais étrangement plus facile de tuer ceux que la prêtresse me demanderait de tuer.
     Un moment, je revis un lointain souvenir comme j'écrasais le crâne de la première personne que la prêtresse m'avait demandé de massacrer. Elle avait dû remarquer mon désarroi, tant elle rit de sa voix angélique. Une lueur de bonheur dans les yeux, elle m'apprit que les cadavres à mes pieds étaient ceux de ma femme et de mes enfants. Je les contemplai, elle et les corps, et un autre sentiment de me souvenir de quelque chose apparut, mais les mots n'avaient plus aucun sens pour moi. Je regardai de nouveau les cadavres et haussai les épaules, puis nous partîmes, sa joie m'enchantait.
     Je suis maintenant le garde du corps de la prêtresse. Et aussi longtemps qu'elle sera heureuse à mes côtés, le son des vagues ne me quittera jamais, et rien ne m'importe plus.

Commenter cet article