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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Petits Créateurs - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

beeri

 

Préambule

  

     La réalité de l'Age de Glace fut très dure pour les Kradh-Ke-zun. Lorsque les glaciers avancèrent, étouffant la vie, isolant les populations et détruisant les cités sous des tonnes de glace bleutée, ils regardèrent impuissants leurs machines ingénieuses, à qui ils avaient confiés leur survie, succomber au long hiver.

     Les citadins, hauts de trois pieds, n'étaient pas adaptés à l'existence rigoureuse, marginale et nomade qu'était celle des chasseurs de l'Age de Glace, si bien que peu d'entre eux survécurent très longtemps. Du jadis puissant grand Empire fait de vastes cités, de fermes prospères et de millions de citoyens comblés, seul un clan particulièrement résistant survécut, celui des Luchuirps. Bien qu'affaiblie par la domination de Mulcarn, Kilmorph, la Déesse de la Terre, avait réussi à poser une main protectrice sur cette petite tribu de nains vivant à la surface. Elle était apparue à leur dirigeant, le maintenant légendaire Graoin le Fouilleur, et lui enseigna tout ce que son peuple avait oublié au fil des siècles de l'Hiver: comment creuser et comment construire des demeures sous les montagnes. Alliant ces redécouvertes avec ce qui restait de leur incroyable maîtrise de la fabrication des Golems, ils façonnèrent eux-mêmes une société hiérarchisée dans les cavernes, sous la glace. Là-dessous ils attendirent, sachant qu'un jour le clan des Luchuirps, héritiers des Kradh-Ke-zun, vivrait de nouveau aux rayons du soleil.

     Beeri Bawl est un héritier de Graoin le Fouilleur, non seulement par le sang, mais aussi par l'esprit. Il est un survivaliste, par nature organisé et efficace, qui n'oubliera jamais ses racines et ses ancêtres. Son but ultime est de récupérer une partie de la surface d'Erebus, sans pour autant avoir l'intention de commettre l'erreur de ses ancêtres en négligeant les parties inférieures du monde. Son approche est la symbiose entre l'artisanat retrouvé de l'ancien Empire et l'improvisation de la rudesse que durent apprendre les Luchuirps durant l'Age de Glace.

 

 

Beeri Bawl

 

     "Approchez maintenant chers courtisans, venez moquer le nain de l'or creusant!"

     L'appel tira Beeri de son sommeil, des plus inconfortables au fond de sa cage. Il finit par se dresser sur ses jambes, à contrecoeur. Les premiers jours de sa captivité il avait tenté de résister lorsque le numéro était annoncé, conservant obstinément sa position allongée; mais il avait rapidement réalisé que cette attitude ne faisait qu'empirer les choses.

     Il cligna des yeux, ébloui par l'éclat des nombreuses torches alignées dans la salle du trône de Perpentach, ce clown de carnaval trois fois damné, qui l'avait capturé quelques semaines auparavant. Un groupe de troubadours avait pris d'assaut la ville-frontière isolée qu'il visitait ce jour-là, déconcertant chacun de ses habitants par leur étrange chorégraphie de combat. Plus tard, ils traînèrent Beeri comme un vulgaire sac de pommes de terre, chantant et riant tout le long du trajet.

     Le rire devint son pire ennemi lors de ces derniers jours. Il souhaitait même parfois que Perpentach ordonne de le tuer, ou encore qu'il le traîne au fond de quelque sombre cachot pour y être torturé. L'Arlequin semblait bien décidé à le briser moralement, et avait habilement estimé le moyen le plus efficace pour y parvenir. Ou peut-être s'ennuyait-il, plus simplement, mais quoi qu'il en soit, Beeri ne parvenait pas à comprendre Perpentach. Toutefois ses raisons n'avaient guère d'importance, puisque Beeri n'avait plus qu'une seule idée en tête - il voulait le tuer, effacer ce sourire grotesque de son visage, une bonne fois pour toutes.

     Le spectacle était sur le point de commencer. "Kilmorph, donne-moi la force" marmonna-t-il dans un souffle, tandis que Perpentach l'annonçait:

     "Une flamme brillante dans l'ombre luit, un sou d'or dans les mines n'attend que lui!"

     Perpentach s'était levé de son trône et s'adressait aux nobles rassemblés en nombre devant lui, vêtus d'habits aux formes et couleurs des plus étranges, et portant pour la plupart un masque cachant leur visage. Beeri imaginait que leur véritable faciès n'affichait pas d'aussi joyeuses expressions que ces masques – comme lui, ils ne faisaient que jouer la comédie pour éviter le courroux de leur seigneur.

     A l'autre bout de la cage de Beeri se trouvait un trou circulaire, rempli de boue. La torture favorite de Perpentach était de le faire plonger la tête la première dans ce trou pour l'obliger à récupérer une petite pièce d'or, généralement placée tout au fond.

     Beeri se dirigea rapidement vers la croulière, il voulait en finir au plus vite. Il s'agenouilla, plongea la tête et les bras dans la boue, faisant tout son possible pour ne plus entendre les rires et applaudissements des nobles, entassés les uns sur les autres. Heureusement, il localisa très vite la forme arrondie de la pièce. Mais lorsqu'il la serra dans sa main, il eut une hésitation. Quelque chose remuait dans la boue... quelque chose de fuyant. Un sifflement strident lui perça le tympan gauche, et dans un hurlement, il fut projeté vers l'arrière - serrant toujours la pièce dans sa main - juste avant que la vipère n'ait le temps de lui enfoncer ses crochets dans la nuque. Alors le serpent siffla et retourna dans le trou.

     "Au fond des mines le danger guette, la terreur d'un rêve tournant quête."

     Le coeur de Beeri battait la chamade. Perpentach avait fait preuve d'une grande créativité jusque-là, mais pas encore au point de pouvoir entraîner sa mort. Peut-être commençait-il à se lasser de son nouveau jouet, cherchant à s'en débarrasser. Beeri haussa les épaules lorsqu'il réalisa que cette pensée le réjouissait. La seule chose qui l'empêchait de se jeter dans le trou au serpent était la pensée de ce bâtard ricanant de l'autre côté des barreaux, comme toutes les choses qu'il allait imaginer et qui pourraient lui donner une chance de s'en tirer.

     Le spectacle n'était cependant pas terminé:

     "Le nabot garde précieusement son or, mais la bête infecte voudra un autre sort..."

     Beeri se retourna lorsqu'une partie du mur de l'antre glissa, ouvrant un passage dont il ignorait l'existence. Il écarquilla les yeux lorsqu'il aperçut l'immense Géant des Collines qui se dressait devant lui, grognant furieusement, et tenant un gourdin trois fois plus haut et deux fois plus large que le corps de Beeri. Sa mort semblait n'être plus qu'une question de secondes.

     Pourtant, quelque chose au fond de Beeri n'était pas prêt à céder, et encore moins à mourir. Il ne pensait ni à ses amis ni à sa famille, restés dans les montagnes, pas plus à son peuple qui serait sans doute perdu sans lui, sans sa force immense. Tout ce à quoi il pouvait penser était la mort de Perpentach, et le plaisir qu'il prendrait à le voir périr - mais cela n'arriverait pas.

     Il ignora la lourde approche du géant, plongea la main dans le trou, et empoigna le corps tortillant de la vipère. Il lança de toutes ses forces le serpent pour qu'il atterrisse près d'une des jambes du monstre. Se sentant menacé, le reptile enfonça immédiatement ses crochets dans le pied du géant. Le colosse hurla de douleur puis de rage, et écrasa le crâne de la vipère avec son gourdin; quelques instants plus tard il se tordit de convulsions et tomba à plat sur le dos, une écume verdâtre coulant le long de sa bouche. Perpentach avait manifestement choisi une vipère au venin très puissant. Quelle ironie du sort que celle-ci l'ait sauvé.

     La foule dans la salle du trône applaudit à nouveau, et Beeri s'attendait à ce que Perpentach initie un nouveau piège mortel. La suite pourtant le surprit:

     "Le nabot a remporté la récompense, il a montré courage et intelligence.

     Le nain l'a définitivement emportée, même ennemis applaudissons sa liberté."

     Perpentach se dirigea gracieusement vers la porte de la cage, la déverrouilla, et l'ouvrit en grand; un mystérieux sourire aux lèvres. Beeri n'en croyait pas ses yeux. Était-ce un nouveau piège? Il entendit certains nobles marmonner leur colère, et crut entendre les phrases suivantes, "...il gaspille un otage de valeur" ou "encore une de ses fantaisies..."

     Beeri se mit à marcher lentement. L'espace d'un instant, il pensa se jeter sur Perpentach tandis qu'il franchissait la porte, l'attraper à la gorge et l'étrangler avant que ses gardes n'aient le temps de lui porter secours. Toutefois, sa montée d'adrénaline faiblissant, il réfléchit plus calmement et réalisa que l'entreprise serait suicidaire. Si Perpentach avait vraiment l'intention de le libérer, il aurait l'occasion de revenir plus tard, plus fort; et la pensée d'un puissant Golem Mécanique enfonçant l'Arlequin six pieds sous terre suffit à lui faire presser le pas.

     Il se mit à courir dans la salle du trône, se retournant à l'occasion, mais personne ne tenta de l'arrêter. Perpentach était immobile devant la porte de la cage. Il souriait.

     Une fois sorti du palais de Perpentach, Beeri secoua la tête en signe d'incompréhension de la folie de l'endroit, et enfin, il prit le chemin du retour.

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