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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Ombres de la Renaissance - Partie 3

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

sandalphon

 

Morgoth

 

     Il faisait froid et brumeux, le genre d'épais brouillard à couper au couteau qui n'est supportable que dans les rues, creusées de mains d'hommes, d'une cité. Tout ce qui se trouvait à plus d'un bras de longueur des deux silhouettes en train de marcher commençait à disparaître dans le brouillard, c'est pourquoi elle devait rester proche d'elles pour ne pas les perdre de vue. Ici et là, la douce lueur des torches et des lampes de la cité changeait sensiblement la couleur de la vapeur veloutée. Elle les évitait autant qu'elle pouvait. Projeter des ombres à cet endroit et à cet instant n'était pas une bonne idée compte tenu de son dessein.

     Lorsqu'elle le vit à la lumière du jour, Morgoth était parfaitement visible, aussi tangible que l'homme à ses côtés mais d'un aspect étrangement pâle, avec des yeux ternes. C'était comme si aucune lueur ne s'était jamais reflétée dans ses pupilles. Dans ce crépuscule brumeux, cependant, Morgoth semblait... fondre, comme s'il glissait successivement en dedans puis en dehors du brouillard, ou comme s'il ne devenait plus qu'un avec lui, mais vaguement luminescent. Il ne semblait pas être entièrement solide. En tous cas, il était impossible de dire exactement où le brouillard finissait et où Morgoth commençait, bien qu'il n'était pas difficile de le distinguer de cet environnement vaporeux. L'homme entier semblait être une illusion d'optique. L'effet était plutôt dérangeant.

     Étonnamment, sa voix, se frayant un chemin à travers la brume, était puissante et charismatique, au contraire des chuchotements vaporeux ou des sifflements distants auxquels on aurait pu s'attendre à la vue de son apparence nébuleuse. Il discutait des vertus inhérentes aux Ombres avec son compagnon de voyage.

     Les Immortels doivent nécessairement devenir, au final, des créatures attachées à leurs habitudes, réfléchissait-elle. C'était leur faiblesse. Des années à toujours répéter les mêmes choses faisaient de leur vie une rengaine, confortable et prévisible. La plus exploitable des habitudes de Morgoth était ces longues marches durant lesquelles il laissait entrevoir, à ceux qui voudraient éprouver le rituel, un avant-goût de la vie d'Ombre.

     "L'amour ne m'a jamais réellement manqué" songeait Morgoth, tandis qu'ils allaient tous deux d'un pas tranquille de tavernes en boutiques. "L'amour, la haine, la colère, la cupidité et la jalousie sont juste quelques émotions embarrassantes et sans intérêt, profondément ancrées dans votre âme. Très vite, vous vous rendez compte à quel point vous êtes meilleur sans elles."

     "Rien ne vous a jamais manqué? Rien qui ne vous ait donné l'impression d'avoir renoncé à quelque chose d'essentiel après avoir abandonné cette part de votre âme?" Son disciple posant ces questions, ils tournèrent à l'angle de la rue. Elle maugréa, tout en continuant à les suivre.

     "Oh, bien sûr, certaines choses m'ont manquées. Il m'a fallu des années pour dépasser la perte de certains plaisirs, comme ceux de la nourriture, des parfums ou de la musique. Toutes ces choses plaisent aux bas instincts. Mais à l'arrivée, elles ne sont rien comparées à la perspective d'être enivré par le savoir et de se gorger de toute la sagesse du monde, explorable à l'infini."

     Ils continuèrent à marcher, le disciple posant ses questions, Morgoth y répondant avec un certain calme, allant et venant dans les rues de la ville, mais ne lui offrant aucune véritable occasion de mettre son projet à exécution. Silencieusement, elle continuait à les suivre, priant pour que bientôt une ouverture s'offre a elle.

     "Mais, certaines Ombres doivent bien finir par se lasser de leur existence sans fin? Si je vous rejoins, serais-je condamné à errer sur terre éternellement, sans échappatoire possible?" demanda le disciple, alors qu'ils s'engageaient sur une petite route débouchant sur un long tunnel.

     Elle ne pourrait plus les suivre dans cet endroit sans être découverte. C'était maintenant ou jamais, et elle bondit.

     Morgoth considérait la question. "Le suicide reste toujours une option," annonça-t-il, tout en se redressant, comme s'il avait ressenti une modification dans la texture du brouillard. "Ce n'est pas comme si nous ne pouvions pas trépasser, d'une mort violente par exemple," continua-t-il, effectuant un pas élégant sur la gauche, repoussant de la main le bras qui l'agressait, et attrapant l'arme de poing de l'assassin. "Nous le pouvons," Il attira le malheureux assassin dans sa direction et, pendant quelques secondes, il sembla se solidifier, comme sortant soudainement des ombres. Il tira la tête de l'intruse vers l'arrière et arracha sa colonne vertébrale d'un mouvement d'une fluidité extrême qui provoqua un craquement sec et écoeurant. "C'est juste que nous sommes très, très difficiles à tuer," dit-il, et il laissa le corps sans vie de l'assassin tomber par terre.

 

 

L'Ame Séparée

 

     Verdian avançait lentement en direction du campement. La neige tombante gênait la perception des soldats en alerte dans le périmètre, mais il se déplaçait lentement. Pour éviter d'être aperçu par l'un d'eux, il restait en dehors de la lumière du clair de lune et suivait le sens des vents. A cet instant, ces vents devinrent plus forts qu'il n'aurait pu le présager, même aux pieds des collines de Tempus Mor. La neige n'était pourtant pas de saison, mais il sut l'utiliser à son avantage, se rapprochant toujours un peu plus du coeur du campement sans attirer l'attention de ses occupants.

     Les gardes de la grande tente semblaient moins attentifs, mais plus expérimentés. Un homme se réchauffait auprès d'un grand feu tandis que Verdian tentait de se faufiler, mais les traits de sa silhouette s'exposèrent à la fumée. Alors le garde tira son cimeterre et fit un pas en arrière vers l'entrée de la tente, il sonna l'alerte, même s'il n'était pas certain de son fait. Verdian prit le risque de s'approcher de lui. Le garde ressentit un souffle chaud qui le fit frissonner, d'autant plus que la tente était robuste et pouvait bloquer n'importe quel vent. Mais bien qu'une fausse alerte pouvait entraîner sa punition et son humiliation, ignorer un intrus pouvait signifier sa mort. Alors il cria, "Seigneur Commandant Decius! Réveillez-vous, je crois qu'une entité magique est entrée dans le campement." Decius s'agita, encore somnolent sur le sol de la tente il se leva, et d'autres sentinelles se précipitèrent à l'intérieur de la grande tente. 

     L'émotion était une chose modérée chez Verdian, comme chez tous ceux de sa race, et son coeur continuait de battre très lentement. Il ne ressentit ni peur ni tension lorsqu'il entendit l'ordre des sentinelles, mais celles-ci eurent au moins l'effet de le pousser à l'action. Les Âmes Séparées Sidars délaissent souvent leur corps somnolent pour se réunir lentement autour de leur esprit, et ensuite y revenir. C'était cependant plus par confort que par nécessité. Alors les mains de Verdian apparurent dans l'air, au-dessus de la poitrine de Decius, serrées au plus fort et tenant un fin stylet. Quand les muscles et les tendons de ses bras comme de ses épaules apparurent à leur tour, il les actionna pour les baisser, malgré la douleur qu'ils pouvaient lui causer, tandis que le reste de son corps prenait forme.

     Ce spectacle abasourdit les sentinelles pendant un court instant; le souffle coupé elles se révélèrent incapables d'atteindre à temps le tueur. Decius avait forgé son expérience en bien plus de combats que tous les guerriers du désert qu'il dirigeait à présent; il avait vu et tué bien plus de fantômes qu'eux tous réunis. Il se roula au sol, sauvant son coeur de l'impact de la lame intruse. Mais Verdian réussit à transpercer son avant-bras, sauta en arrière, et tira une autre lame. Sa silhouette était désormais visible dans sa totalité, et bien que son corps se plaignait de cette douloureuse transition, sa volonté était bien plus forte qu'elle.

     Decius chercha à atteindre son épée. Son bras était engourdi, mais pas par la douleur. Si à la place du bras le poison dans lequel Verdian avait trempé le stylet avait atteint son coeur... Decius attrapa l'arme de l'agresseur de sa main gauche et se mit en position de le parer. Il n'eut cependant point besoin de le faire, puisque désormais ses hommes encerclaient Verdian. Decius avait finalement la possibilité de mieux l'observer, mais le costume qui le voilait ne révélait que son appartenance à la race humaine. "Vous n'êtes pas celui à qui je m'attendais," dit-il.

     Verdian avait besoin d'un moment pour se concentrer, pour se séparer. Son âme ne pouvait être attachée par des bras, même les plus puissants, et si elle pouvait sortir des limites du campement, il pourrait laisser son corps loin de lui. Morgoth aurait besoin de savoir s'il avait failli dans sa tâche. Rathus et les autres feraient, espérait-il, mieux que lui. Il ferma les yeux, s'éloignant de son corps... mais fut ramené aussitôt dans un cri assourdissant.

     Decius tenait une torche contre le corps du chasseur. "J'ai bien peur que nous ayons à devoir discuter avant que vous ne partiez. Qui êtes-vous et pourquoi avez-vous essayé de me tuer?"

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