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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Maîtres de l'Hiver

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

charadon

 

Préambule

 

     Les empires de l'Homme furent écrasés par les blizzards et la puissance de Mulcarn. Quelques tribus dispersées demeurèrent, mais celles-ci ne vivaient guère mieux que des bêtes affamées. Toutes les avancées de l'Age de la Magie étaient perdues. Les Illians s'adaptèrent mieux que tout autre, mais leur dieu était peu compatissant et les força à renoncer aux commodités et technologies fondamentales, afin de satisfaire l'inaltérable volonté de Mulcarn.

     Charadon était un jeune garçon élevé dans l'âpreté de l'Age de Glace. Soit ces conditions extrêmes suffisaient à expliquer sa sauvagerie, soit quelqu'autre corruption terrestre lui était arrivée durant celle-ci, mais cela lui permettra, ainsi qu'aux Doviellos, de survivre jusqu'à prospérer dans cet âge pourtant redoutable.

 

 

La Main Blanche

 

     Même au-delà des flagorneurs de sa cour, le dieu Illians désire la dévotion, bien qu'il prendra rapidement l'habitude de ne récompenser que faiblement ceux qui lui donneront. Les Prêtres de la Main Blanche offrent certes d'insuffisants conseils et réconforts de ce point de vue, mais sont plus qu'efficaces pour guérir leurs disciples dans la lente mais constante progression de la domination de Mulcarn.

     Ces prêcheurs du froid avaient été tolérés par la plupart des nations pendant l'Age de la Magie. Ils n'avaient juré allégeance à aucun souverain, sans pour autant devenir des insurgés. Au-delà du stoïcisme, les adeptes de l'hiver avaient perdu toute passion. L'initiation dans cet ordre religieux consistait à se baigner dans de l'eau glacée pendant toute une nuit. Ceux qui survivaient à ce "baptême" changeaient radicalement d'état d'esprit, et ce sans passer par le moindre débat théologique.

     Ces hommes de la glace sont à présent à la tête des armées de leur dieu. Lents à s'adapter aux tactiques ennemies, leur force réside dans leur inflexible rationalité. Ils mettent leurs plans à exécution sans la moindre peur, ambition ou affection. Ils soignent les blessures des soldats, aidés par leur dieu, mais sans aucune compassion. Souvent, des patrouilles de reconnaissance découvrent des soldats Illians blessés, ensevelis sous la neige, et ils sont parfois-même encore vivants.

 

 

Charadon le Doviello

 

     Il était perdu. Cette prise de conscience retentit soudainement en lui, dans toute sa froide et inéluctable horreur. Il n'avait pas idée de l'emplacement du camp. Il avait été, pour la première fois, pris de court lors d'une chasse, et à ce moment là, les autres avaient déjà abandonné tout espoir de le retrouver. Il était proche de la panique, mais, préparé au froid et à la solitude, il savait sa destinée s'il perdait le contrôle de lui-même.

     Charadon vagabonda dans les plaines venteuses pendant un moment, attrapant quelques lapins pour les manger crus, comme son père lui avait appris quelques semaines plus tôt; une éternité maintenant. Le crépuscule laissa place au clair de lune, et lorsqu'il aperçut une colline toute proche, il décida de la gravir.

     Très vite, il put apercevoir les loups. Une meute imposante se reposait cette nuit-là dans un petit abri les protégeant de la neige et du vent. Ils ne remarquèrent pas le jeune Charadon, et semblait-il, ne le flairèrent pas non plus.

     Ce qu'il connaissait des loups, c'était les hurlements lointains à minuit, ou les formes ombragées qui défilaient parfois devant la lumière des feux de camp. Il n'avait jusqu'alors jamais eu la chance de les contempler dans leur splendeur absolue. Leurs silhouettes gracieuses se déplaçaient majestueusement, toujours en position d'attaque, et ne baissant jamais leur garde. Leur fourrure grise et épaisse les abritait du vent et de la glace. Leurs crocs puissants et leurs dents acérées leur permettaient de broyer efficacement leurs proies.

     Pendant les semaines qui suivirent, il les espionna. Il prenait ses précautions en restant à distance mais observait assidûment le comportement de la meute avec la curiosité d'un enfant.

     Ce qui retint son attention, c'était l'efficacité de l'absolue brutalité qui accompagnait leur progression, non sujette aux émotions de compassion et de pitié humaines. Si l'un des loups de la meute était blessé ou fatigué, les autres le laissaient comme mort sur le sol gelé; à moins que les proies, se faisant rares, les poussaient à se jeter sur le supplément de viande que leur parent affaibli leur laissait.

     Si un jeune louveteau était né faible ou infirme, c'était du devoir de son père de lui briser le cou et de le balancer par terre, comme un humain jetterait au sol sa lance brisée. Quand la chasse était ouverte, et qu'une proie était capturée, les loups ne partageaient pas la dépouille équitablement, mais se battaient à mort pour obtenir leur part du butin; aussi bien les jeunes que les vieux, les mâles comme les femelles.

     Au début, ces comportements horrifiaient le jeune Charadon, mais peu à peu le dégoût se transforma en admiration, parce que les loups, par leur système de sélection, se révélaient être très efficaces dans ce qu'ils faisaient. En supprimant la faiblesse de certains individus, la meute arrivait à survivre. Dans un monde aussi âpre qu'Erebus, cette implacable cruauté était le meilleur moyen de s'accaparer les trop rares ressources qu'il offrait.

     Un jour, comme il gravissait la face d'une colline pour avoir une meilleure vue sur la progression de la meute, il aperçut la fumée d'un feu de camp à l'horizon. Grandement exalté par cette vision, il se mit en route vers le campement. Alors qu'il s'en approchait, descendant lentement la colline, il observait les habitants. Quel contraste en comparaison avec les loups! Ici, les plus âgés recevaient une partie de la nourriture rapportée par les chasseurs, les enfants étaient cajolés par les tendres câlins de leur mère et les malades étaient traités par des herbes médicinales. Ils glorifiaient la faiblesse. Prenant conscience de tout ce qu'il voyait, le plus profond du coeur de Charadon se glaça et s'assombrit. Désormais éclairé sur les modes de vie les plus libéraux et redoutables, il comprit soudainement ce qu'il avait à faire.

     Charadon resta sur le flanc de la colline et constata la boucherie. La meute de loup avait entièrement pris par surprise son peuple. Son visage demeurait inexpressif alors qu'il voyait sa propre mère être traînée hors de sa tente, et se débattre avec la force du plus profond de ses entrailles. Son père tenta de les arrêter, mais le chef de la meute de loups finit par le déchirer de toute part. Charadon restait là, silencieux, et ceux de son peuple qui avaient survécus, les plus forts et plus féroces d'entre les siens, réussirent finalement à écarter les loups du campement. Ces animaux si respectables. Il reprit la direction du pied de la colline pour rejoindre les survivants. Après tout, il pourrait y avoir une place pour les Doviellos dans l'avenir.

     D'autres hommes et femmes joignirent ensuite cette tribu Doviello où seules deux alternatives étaient possibles: se soumettre à la Main Blanche des Prêtres de Mulcarn ou se destiner à une mort certaine dans le froid et la solitude. Ces êtres embrasseront alors leur nature bestiale et adopteront le mode de vie des loups plutôt que celui des hommes. Ils se révéleront d'une grande utilité pour Mulcarn, puisque chassant et tuant d'autres tribus, sans pour autant interférer avec les actions Illians. De plus, ne portant que très peu d'intérêt aux progrès et aux changements que Mulcarn abhorrait, il leur sera permis de vivre libres sur ses terres.

 

 

Lugh le Loup

 

     Le fracas de l'épée contre la hache résonnait à travers la plaine. Seterim reculait pour esquiver les puissants coups du jeune homme contre qui il combattait.

     "Ma vie vaut-elle moins que la loi de notre tribu?"

     Lugh frappait encore, ravi de voir les premiers signes d'épuisement de son ennemi. Sa hache était encore bloquée par l'épée, mais avec de moins en moins de force.

     "La tribu a besoin d'un chef fort et tu es faible."

     "Je suis ton frère", répondit Seterim en bloquant un nouveau coup. Les attaques de Lugh étaient amples et puissantes, mais elles le laissaient exposé aux coups plus rapides de l'épée. En face d'un autre homme, Seterim aurait riposté, tranchant l'épaule, le flanc ou la gorge de son ennemi, mais il ne pouvait se résoudre à frapper ainsi son frère.

     "Oui, mais ton temps est révolu. Il ne peut y avoir de loyauté à te laisser nous affaiblir et nous conduire à notre perte. Il vaut mieux que tu meures ici et que nous continuions sans toi."

     A ces mots, Seterim riposta; il frappa le crâne de Lugh du plat de son épée et l'envoya rouler dans la neige. Lugh se releva rapidement, sa hache prête à frapper de nouveau. Mais Seterim rangea l'épée dans son fourreau.

     "Si ce que tu viens de dire là est vraiment ce que tu penses, alors prends la tribu et tue-moi."

     Lugh s'approcha, suspectant une ruse. Il colla la lame de sa hache contre la gorge de Seterim.

     "Je prendrai la tribu,"commença-t-il, "et je t'autorise à vivre loin de nous. Mais ne reviens jamais sur les terres Doviellos. Mon frère est mort ici, et si je te revois un jour, tu seras tué comme un étranger."  

 

 

La Domestication des Mammouths

Je me rappelerai ce que j'étais, comme je ne supporte plus mes chaînes.
Je ne laisserai plus jamais un homme, me garder pour une poignée de graines.

Je me rappelerai de notre force, comme de mes amitiés forestières.
Je partirai rejoindre mes semblables, pour toujours rester auprès de mes frères.

J'oublierai ces chaînes serrant mes pattes, et le glacial de l'acier qui m'entoure.
Je sortirai à l'aube chaque jour, et ne m'allongerai qu'après mes tours.
Je me laisserai caresser par l'eau, par la pureté des baisers du vent.
Je retrouverai mes amours perdues, et tous mes compagnons de jeu d'avant.

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