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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Justiciers Fanatiques - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Bannors

 

La Société Bannor

     Les Bannors n'étaient au départ qu'une poignée d'hommes, piégés en enfer depuis la chute de Braduk, mais sauvés par Sabathiel, un Archange au service de Junil. En échange de ce salut, les esprits les destinèrent, ainsi que leurs descendants, à combattre sans relâche les forces du chaos et du désordre. Et tandis que Sabathiel menait les esprits honorables vers la lumière, les Bannors formèrent l'avant-garde dans une guerre dévastatrice contre le Clan des Braises, très puissant à cette époque. Tout au long de l'Age de la Magie, les Bannors n'engagèrent pas uniquement des guerres brutales et sans merci contre le Clan, mais aussi contre tous ceux qui ne se soumettaient pas à l'ordre et à la loi.
      A travers cette guerre de libération et d'extermination, ces héros d'un ancien temps construisirent, conquirent, s'allièrent, et soumirent tribus, villes, nations, au sein d'un seul et même empire humain. Cet empire, avec l'aide et les conseils de Sabathiel, devrait même pouvoir résister à l'imminente apocalypse lorsque un fléau sans égal sera libéré sur Erebus.
     Cette Guerre Sainte permanente imprègne toutes les couches de la société Bannor, la rendant presque entièrement militarisée. Pour les Bannors, il n'existe pas de séparation entre la religion, la famille et la politique. Ils appliquent une redoutable ferveur religieuse pour l'art de la guerre, et leur obsession pour l'ordre a même fait de leurs régiments paysans parmi les mieux entraînés de tous les empires. Chaque homme est entraîné depuis sa plus tendre enfance aux arts de la guerre (combat à mains nues, tir à l'arc, autodéfense, force et agilité), et contrairement à la plupart des autres sociétés, il existe de nombreuses manières de s'élever de la masse grâce à sa bravoure et à ses compétences. Cette réalité inspire autant les Bannors à la ferveur militaire qu'à la religion, si ce n'est plus.
     Parce qu'il leur est nécessaire d'être défendus et préparés à toute vélléité ennemie, les villages même les plus isolés ressemblent à des forteresse: les fermes sont de véritables petits châteaux et les cités sont défendues par d'impressionnantes garnisons, tout en restant les centres du commerce, de la religion et de la diplomatie. Rares sont les hommes ne portant pas sur leur peau les cicatrices du combat, et les femmes sont aussi endurcies que volontaires. Elles savent que les enfants qu'elles élèvent risqueront un jour de mourir au combat, mais elles savent aussi qu'un autre jour la guerre pourrait les appeler. Il est d'ailleurs de l'ordre de l'exception qu'une femme Bannor ne sache pas brandir une épée.
     Il faut nécessairement, pour comprendre l'organisation de la société Bannor, appréhender la différence entre les états et les "terres libres". Les états sont de gigantesques étendues de terres, presque des sous-royaumes, et sont dirigés par un Ordre, une Famille ou, ce qui est une particularité des Bannors, un Ordre Héréditaire (un ordre religieux dont les membres sont exclusivement issus d'un même clan). Concentrée dans une forteresse ou dans une petite ville fortifiée, la principale fonction de ces états est de fournir les ressources qui approvisionneront la division d'un Ordre ou d'une Famille, ces puissantes forces de combat grandement dévouées qui constituent la colonne vertébrale, si crainte, des armées Bannors.
     La part du lion territoriale au sein de l'empire Bannor est constituée de l'ensemble des "terres libres". Les villages et les cités qui occupent ces terres doivent, en plus de payer des taxes et d'organiser leur propre défense, fournir un certain nombre de soldats, pleinement entraînés et équipés, selon la richesse de la colonie. Bien que les Ordres et les Familles soient le fer de lance des armées Bannors, les conscrits des "terres libres" fournissent le gros des troupes nécessaire à remporter une bataille.
     De loin les plus nombreux propriétaires de territoires, les Ordres non-héréditaires engagent des combattants du monde entier, de toutes les nations et de toutes les races. Ceux que l'on estime être les meilleurs, en bravoure comme en intelligence, sont instruits des coutumes et du langage des Bannors, jusqu'à rejoindre les forces de combat sur un pied d'égalité avec les Bannors de souche.
     Les Ordres héréditaires sont en réalité des familles ayant fondé un Ordre ou ayant repris le contrôle de l'un d'eux. Tous les postes majeurs se transmettent de père en fils, d'oncle en neveu, comme n'importe quel autre titre aristocratique. C'est l'un des quelques moyens qu'une famille riche de non-nobles possède pour gagner un état, le pouvoir, et les responsabilités qui en découlent.
     Toutes les Familles nobles remontent leur lignée à l'un des esprits que Sabathiel aurait libéré. Elles usent de ce saint héritage pour légitimer leur très grand pouvoir, ce qui explique pourquoi le clergé tolère leur existence et leur ingérence dans le fonctionnement de l'empire. Les Familles sont peu nombreuses, mais chacune d'entre elles possède autant de pouvoir et de richesses qu'un Ordre. Toutefois, le clergé garde les centres du pouvoir séculaire sous un contrôle strict et prudent, de peur qu'ils n'essayent de modifier l'organisation de la société Bannor.
     Les hommes surentraînés et bien équipés combattant dans les divisions professionnelles des Ordres, ou des Familles, viennent de tout Erebus et combattent pour différentes raisons: certains pour l'argent ou le statut social, d'autres pour la gloire ou par vengeance personnelle, mais la majorité croit véritablement être au front de la guerre contre le Mal.
     N'importe quel prêtre Bannor pourrait le dire: la guerre menée par les Bannors est bien plus complexe qu'une simple guerre du Bien contre le Mal. Le clergé, sous la direction de Sabathiel (ou du moins l'affirment-ils) désigne l'ennemi. Bien qu'ils aient déjà combattu des civilisations se conformant à quelque forme de loi, à une certaine idée de la justice et de la compassion, celles qui voudraient éviter ces affrontements osent rarement contrarier les Bannors, de peur d'être "damnées" et ajoutées à la liste des civilisations auxquelles les Bannors s'estiment le devoir d'enseigner la repentance.
     Le centre névralgique de l'empire Bannor est sa capitale édifiée autour du palais, les Halls de Sabathiel. Bien que principalement reconnue en tant que cité-garnison, elle est aussi une métropole internationale très étendue, que concurrencent bien peu de cités d'Erebus. La capitale abrite également les quartiers généraux des Ordres et les Familles s'y réunissent pour discuter des affaires d'état, comme le peuple pour consulter le clergé. Des gens de toutes les races affluent dans la cité pour rejoindre les rangs de l'Ordre; les Halls de Sabathiel ont un flux constant de visiteurs qui viennent payer leur tribut ou demander l'aide de ses prêtres; les bazars et les marchés attirent des marchands venant de très loin; et tout cela permet aux Bannors de subvenir aux besoins importants d'une armée multiraciale, multinationale et pluriculturelle, comme à ceux de l'administration.
     Il est dit de Sabathiel, le dirigeant mythique des Bannors peu enclin à remettre les pieds sur Erebus depuis le viol de l'esprit de la Convention, qu'il réside profondément dans les méandres de ses Halls, surveillant, guidant, instruisant, protégeant et encourageant les Bannors. C'est un roi de l'ombre, invisible de ses sujets, dont le souvenir hante toujours la conscience. Leurs commandants sont donc des figures plus présentes et Capria en est le plus parfait des exemples. Jeune femme, Capria avait dirigé son peuple lors de sa marche pour sortir de l'Enfer. Très vite, elle reçut les honneurs et gagna en autorité entre la fin de l'Age de Glace et l'avènement de l'Age de la Renaissance.
     Désormais, parmi les Bannors, et plus encore parmi leurs ennemis, certains chuchotent que Sabathiel et ses esprits ne sont rien d'autre que des légendes inventées par un clergé cherchant à légitimer son pouvoir. Quelle que soit la vérité sur ce point, la réalité est que depuis leur entrée dans l'Age de la Renaissance les Bannors doivent compter sur la chair humaine et le tranchant de l'acier, et non plus sur les anges et les esprits, pour établir la Loi aux confins des terres les plus obscures de ce monde.


L'Esprit des Bannors

     Shaddis se glissa en silence dans la pièce. Bien qu'assez peu comparable aux vastes antichambres et couloirs élevés de la partie publique des Halls de Sabathiel, la salle était assez grande, cubique, et d'une hauteur d'environ six mètres. Le toit était voûté, soutenu par des colonnes sculptées à même les quatre murs, divisant chacun d'eux en trois segments.
     La pièce était plongée dans l'obscurité, attirant l'attention sur une silhouette imposante couchée dans un lit de pierres taillées posé en son centre, et dégageant une faible lueur. Sabathiel dormait encore. Il avait probablement continué de dormir depuis la dernière fois où Shaddis lui avait parlé, il y avait de cela deux semaines.
     Ce sommeil ne doit pas être un sommeil véritable, méditait Shaddis. Il n'était pas tout à fait certain de savoir ce que c'était, d'ailleurs. Il avait cependant l'impression que le corps de Sabathiel était là, sur le lit en pierre, mais que son esprit et son âme étaient ailleurs. Le Diacre des Vents n'avait jamais demandé à Sabathiel où allait son esprit lorsqu'il était couché ainsi. Il n'était pas certain de vouloir le savoir.
     Lorsque Shaddis approcha, un bruit aspirant le surprit, comme l'effet d'une violente prise d'air. Et aussitôt Sabathiel se dressa droit comme un piquet dans une soudaineté déroutante.
     "Quelque chose est arrivé."
     Sa voix retentissait comme un million. Elle parlait doucement, transportant simultanément des accents d'accusation et de certitude qui exaspérèrent Shaddis. Sabathiel l'observait, ayant probablement découvert ce qui embêtait Shaddis avant même que celui-ci n'ait la moindre chance de lui dire. Et l'Archange avait raison, autant dans sa déclaration que dans l'utilisation du ton accusatoire. Quelque chose ÉTAIT arrivé, et par la faute de Shaddis, bien qu'indirectement.
     "Ils seront punis, bien entendu. Nous devons leur apprendre qu'on ne peut défier la Loi sans avoir à en payer les conséquences. Mais vous m'avez déçu, Diacre. Vous le saviez. Vous auriez pu intervenir plus rapidement."
     Shaddis inclina la tête sous le poids de la honte. Il avait su, mais il n'avait pas compris l'importance de ce qui arrivait. Dans son esprit, s'occuper de ce problème aussi prématurément aurait exigé de prendre des mesures épouvantables. Il l'avait donc laissé de côté, espérant qu'il disparaisse par lui-même. Mais celui-ci éclata, et sa résolution devrait mener au désordre.
     Sabathiel flotta jusqu'aux pieds de Shaddis. Et pendant son trajet, une lumière multicolore jaillit dans la salle. Cette vision n'avait jamais cessé d'inspirer une crainte respectueuse à Shaddis. Chaque section de mur représentait maintenant une immense fenêtre s'ouvrant sur un paysage lointain, comme si la salle était au sommet d'une tour incroyablement haute. Mais la vue n'était pas uniforme. Chacune des fenêtres donnait sur un paysage différent; à travers l'une d'elle on ne voyait que des montagnes, de la glace et de la neige; à travers une autre, des collines vallonnées, des champs et de paisibles pâturages; une troisième s'ouvrait sur un désert infini.
     Le dirigeant angélique des Bannors flotta jusqu'à cette fenêtre qui montrait le panorama urbain de la capitale. Une fois rendu, il ne bougea plus, silencieux, les mains dans le dos. Shaddis ne lui adressa pas la parole. Tenir une conversation avec Sabathiel était particulièrement frustrant; l'Archange savait ce que vous alliez dire à l'avance et répondait souvent avant même que vous n'ayez la moindre occasion d'ouvrir la bouche. Ainsi le Diacre attendait patiemment que son maître décide de rompre le silence.
     Finalement, Sabathiel libéra un long soupir frémissant. Un soupir qui fit penser à Shaddis au souffle du vent à travers les montagnes. Et faisant toujours face à sa cité, Sabathiel se mit finalement à parler.
     "Je ne te blâme pas. Après tout, tu n'es qu'un humain. Vous n'êtes tous que des humains. D'inestimables instruments au service de Junil, constitués de chair mortelle, faillibles et enclins aux hésitations. Parfois, mon ami, la pitié doit s'effacer derrière la paix, la stabilité et la Loi. Ce moment était venu et vous n'avez pas su l'identifier. Vous avez atteint les limites de vos capacités. Je ne suis pas fâché. Je n'ai aucune raison véritable d'être déçu. Mais vous êtes le produit de mon peuple, de mes enfants, ceux que j'ai guidés vers la lumière, ceux que j'ai protégés du règne de Mulcarn. Je suppose... je suppose que j'ai trop attendu de vous."
     Sabathiel s'arrêta. Pour rassembler ses esprits... peut-être. Qui pouvait savoir? Son esprit semblait travailler dans un plan totalement différent. Tandis que les humains devaient se confronter à certains choix, et espérer faire les meilleurs possibles, l'Archange savait, tout simplement. Il pouvait être impitoyable, machiavélique et d'une exquise cruauté, mais les résultats d'une action commandée par Sabathiel étaient toujours meilleurs que n'importe quelle autre solution. L'Archange, bien qu'en apparence inflexible et impitoyable, avait cependant toujours raison. La fenêtre s'ouvrit soudainement sur de nombreuses et différentes visions, ses volets battaient à une vitesse stupéfiante.
     "J'ai tant à regarder, tant à me soucier. Mais tant de choses partent à vau-l'eau. Je souhaite, oh, comme je souhaite pouvoir agir plus directement dans les affaires de mon peuple. Si seulement... ces choses n'arriveraient pas. Je serais là pour empêcher qu'elles n'arrivent. Mais je ne suis pas assez fort. Pas encore. Je dois conserver le peu de force qu'il me reste. Un jour, lorsque vous serez parti, peut-être, mais un jour bientôt, j'aurai besoin de cette force. Nous en aurons tous besoin."

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