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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Illusions Sylvestres - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Alazkan

 

Alazkan l'Assassin

     Le sculpteur Luchuirp ébréchait soigneusement la pierre. Alazkan savait que le nain n'abîmerait pas le trésor se trouvant à l'intérieur de la statue, ayant mis toutes les chances de son côté. Et même si la statue devait être mise en morceaux, il avait trouvé le plus talentueux des sculpteurs pour accomplir cette tâche.
     Le nain souffla sur la poussière du marbre qu'il venait de ciseler, et regarda Alazkan avec stupéfaction. Quelque chose de poli, noir de jais, était visible à l'intérieur de la pierre blanche.
     "C'est bien ça," dit Alazkan, "fais très attention."
     Pour bien se faire comprendre, Alazkan enfonça doucement la pointe de son épée au dos du nain. Elle passa facilement à travers le cuir épais de son vêtement, lui tailladant l'épaule. Le nain haletait en raison de la douleur mais continuait à travailler précautionneusement pour extraire l'objet noir à l'intérieur de la statue, et sans l'abîmer.
     Lorsqu'il eût fini, le fragment noir et cannelé fut révélé. Il ressemblait à une opale mais plate, et de la taille d'un petit bouclier. Sur l'une de ses faces, il était si lisse et si sombre que sa surface faisait penser à un trou dans lequel tout ce qui se trouvait autour était attiré. L'autre face était polie et réfléchissait l'image d'Alazkan...
     Le sculpteur courut en direction de la porte. Alazkan ne détacha son regard du fragment noir que pour apercevoir son propre reflet faire irruption dans la pièce et frapper le nain derrière les genoux. Le petit être tomba par terre tandis qu'Alazkan put contempler son double sauter sur le nain, et le poignarder de nouveau jusqu'à le tuer.
     Après quelques secondes, le double disparut. Alazkan enveloppa le fragment dans sa cape, pour ne pas prendre de trop grands risques. Alors, une chasseresse Svartalfar assignée devant la porte par Alazkan pour la garder, l'ouvrit.
     "Ils arrivent" dit-elle.
     "Bien," répliqua Alazkan, "nous avons terminé."
     Des Luchuirps avançaient lentement à travers la forêt. Une petite expédition punitive avait répondu au message du sculpteur. Ils arriveraient trop tard, mais peu importe, ils regretteraient bientôt d'avoir voulu châtier les serviteurs de la Cour de l'Hiver. Ils voyagèrent tels des éléphants, se cognant aux arbres, dans un tumulte indescriptible, piétinant les broussailles, et les plantes, sur le chemin légèrement accidenté, dans la poussière. Alazkan se tapit alors avec ses soeurs, ses camarades de guerre, en attendant qu'ils arrivent.
     Dans une tente spacieuse, bien meublée et confortable, bien loin de la forêt sombre où les soldats peinaient, les commandants Luchuirps s'étaient rassemblés autour d'un mage possédant un miroir de cristallomancie. Tous écoutaient attentivement le rapport qu'il faisait de leur progression. La tente et les nains autour étaient installés dans une petite clairière, taillée à coup de hache et brûlée depuis les forêts envahissantes qui recouvraient comme obscurcissaient les terres de Faeryl Viconia, la Reine de l'Hiver. Les généraux s'étaient donc épargnés le préjudice de la forêt Svartalfar; il leur fallait rester détachés de leur petite armée afin de prendre des décisions calmes, justes, et non prendre le risque d'être ralentis dans la confusion d'une escarmouche. Mais ici, plus rien ne requérait leur attention, et ils pouvaient ainsi discuter tranquillement de ce qu'il faudrait faire lorsque les soldats atteindraient le campement le plus proche.
     Sur une portion du chemin qui se resserrait légèrement, et où les ombres semblaient plus profondes, les Svartalfars frappèrent. Des banshies, des sorcières et des amazones les agressèrent depuis l'obscurité; elles battaient en retraite puis attaquaient de nouveau, prenant à chaque fois la vie de quelques hommes. Des sortilèges, des malédictions, des poignards, des dards, des flèches et toutes sortes de projectiles volaient entre les ombres et le feuillage, laissant douleur et terreur dans leur sillage. Les hommes empoisonnés fulminaient comme des fous, les blessés hurlaient de douleur, et les soldats criaient dans la confusion. Alazkan se faufilait comme un danseur parmi les masses confuses de soldats. Un coup de poignard par-ci, une estafilade par-là, il évoluait avec la grâce et l'efficacité d'une pratique infinie. Des arbalétriers tiraient leurs flèches à l'aveugle dans les arbres, espérant toucher autre chose que leurs alliés, et se battant lors de vicieux face-à-face avec les Svartalfars dans des tentatives de contre-attaques sur leurs persécutrices cachées. Ceux qui essayaient de s'enfuir le long du chemin tombaient dans des pièges, disséminés un peu partout, tous plus mortels les uns que les autres. La bataille tournait mal pour les Luchuirps, et même pire, c'était un désastre. S'il n'y avait pas tous ces piégés, on aurait pu éventuellement se contenter du terme de déroute. Alors, étant données les circonstances, les groupes de survivants désespérés, en diminution constante, faisaient de leur mieux pour entraîner dans leur inévitable chute autant de harpies elfes que possible, combattant avec l'amertume et la rage des hommes désespérés. C'est alors que fut lancé le sortilège.
     La décision des hommes grisonnants installés dans la superbe tente s'avéra très rapidement prise. La bataille était perdue, les hommes déjà morts. Quelle différence y aurait-il à savoir qui les achèveraient lors de l'affrontement final? Autant saisir cette occasion de frapper un grand coup leurs ennemis maléfiques. Au moins, les soldats ne périraient pas totalement en vain. Le général, un homme sévère et équipé d'une étincelante armure polie, mais de peu d'utilité pratique, n'avait pas hésité à donner l'ordre aux mages de saturer le champ de bataille de leurs sorts éthérés.
     Le feu pleuvait depuis les cieux; des météores, des éclairs et des boules enflammées fendaient les arbres, envoyant leurs éclats voler en direction des combattants. De gros blocs de terre se soulevaient au-dessus des impacts de météores et des vagues brûlantes happaient ou éclaboussaient les corps alentour, les embrasant comme des poupées de chiffon. Le lit de la forêt s'était changé en boue, une boue qui n'était faite ni d'eau ni de crasse, mais de sang, de sève, de terre et de cendres. La forêt n'était plus qu'un désert de cratères dont chacun des pans était aussi affreux que ceux des terres infernales, et où il ne restait des nains, comme des elfes, que des corps étendus, découpés en rondelles et brûlés vifs, unis dans une mort indigne, violente, comme édifiant un monument à la gloire de la haine, un monument composé de branches, de flammes et d'entrailles.
     La scène n'était que chaos. Les terribles gémissements des banshies mutilées se mêlaient au désespoir des hurlements nains qu'avaient sacrifiés leurs frères d'armes. Les survivants recherchaient désespérément la moindre couverture pour tenter de rester à l'écart de la destruction. Lorsque deux ennemis trouvaient un même trou pour se terrer, un combat rapide éclatait, ne laissant au vainqueur que quelques minutes de répit avant qu'un autre prétendant n'arrive. L'air empestait l'odeur de la viande fraîchement abattue, mêlée à celle de la fumée, à celle de la terre, et à celle, plus étrange, de la magie lancée plus tôt. Et sans discontinuer, les sortilèges foudroyaient le sol, continuant à frapper le site, encore et toujours.
     Les hommes dans la tente écoutaient impassiblement le mage qui communiquait ses impressions sur la bataille. Les crépitements et pétillements émis par ses confrères magiciens pouvaient être entendus distinctement au travers des parois peu épaisses de la tente; comme les plus assourdissants et les plus lointains grondements des sorts touchant leur cible. Il paraissait évident que personne ne survivrait à une telle destruction. Un grand malheur était arrivé en ce jour, un malheur que ces maudits elfes n'oublieraient pas de sitôt. Alors les généraux se congratulèrent. Toutefois, ils se montrèrent plus sobres et expéditifs au sujet de la perte de leurs braves guerriers.
     Alazkan tenta de s'échapper, esquivant les premières rafales, traversant la forêt, et courant, déterminé, en direction de l'origine des traînées incandescentes des météores et des boules de feu. Bientôt, les autres survivants Svartalfars le suivraient. Certes ils savaient où campaient les Luchuirps, mais il était dans le cas présent plus pratique et rapide d'utiliser comme guides les traînées enfumées. Mais Alazkan était déjà loin, très loin devant eux. Il pouvait même entr'apercevoir les étincelles des sorts à travers les feuillages.
     Un vacarme surgit de l'extérieur de la tente du général. L'homme en armure cérémonielle leva un sourcil, et arma rapidement une petite arbalète. Les autres empoignèrent des haches et des épées, les brandissant pour motiver leur future défense. Ils se sentaient à l'abri au loin des combats, mais aucun d'eux ne savait si l'ennemi avait envoyé la moindre force militaire. Bien qu'il eût fallu qu'ils soient nombreux en face pour passer l'escouade de gardes devant la porte, il leur parut toutefois plus sage de rester à l'abri. Mais le tumulte s'approchait un peu plus.
     Alazkan avait déjà pénétré le camp. Il savait où la tente du général se trouvait, et il était déterminé à le combattre en son sein. Les gardes tombaient comme des feuilles en automne en tentant de l'arrêter. Alazkan fendait, coupait, dansait, les esquivait en chemin, s'approchant toujours un peu plus de son objectif. Il tomba sur les gardes autour de la tente comme un châtiment divin, les découpant de part en part avec grâce et dans une grande effusion de sang. Il était en furie, il était revanchard, il était une force de la nature. Et maintenant, il faisait irruption dans la tente.
     Le général braqua son arbalète et tira un coup de tonnerre qui éclata dans un bruit sourd et final.
     Tandis que dans la tente les hommes voyaient le double d'Alazkan s'évanouir au-dessus du sol, il s'avançait depuis les ombres pour terminer sa mission. Son double avait fait le travail qu'il était sensé faire, distraire et déconcerter, alors Alazkan pouvait éliminer sa proie et sortir vivant de cet endroit. Le choc généré par sa soudaine apparition ne donna pas la moindre chance d'agir à ses victimes avant d'être toutes, et sans exception, expédiées dans le monde de leur dieu. Alazkan, ravi par autant de facilité, passa le reste de la journée à s'occuper des mages et des gardes en attendant qu'arrivent ses alliés ou qu'il manque de proies.
     Jusqu'à ce que la poussière se dépose et que le sol boive le sang des victimes, les arbres comme la brume des forêts Svartalfars se refermèrent sur les sites de la bataille et du petit campement. La vermine, purgée par le poison et les pièges, le foyer Svartalfar pouvait retourner à l'ordre et la paix.

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