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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Gardiens de la Sagesse - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

einion

 

Les Elohims

     Lorsque la chute de Bhall arriva, et que la Convention fut violée par Mulcarn, les Elohims perdirent le contact avec la plupart de leurs sites sacrés, les abandonnant aux éléments de la nature. Mais ils retournèrent à leur mission originelle, traversant les communautés désespérées pour s'occuper des malades, et gardant pieusement leurs savoirs sur le déclin à travers chants et histoires. Lorsque l'Age de la Renaissance arriva, leur mission prit un terme. A l'Age des Dragons, le nombre des Elohims augmenta avec ceux qui s'inspirèrent de leur exemple, ainsi ils devinrent une nation, et plus seulement un ordre.
     Aujourd'hui, la nation Elohim réapparaît à la lumière du soleil de l'Age de la Renaissance. Einon Logos est le dirigeant de l'ancien ordre des Elohims, une position d'un respect inégalable. Einion est très âgé, mais il espère vivre suffisamment longtemps en espérant voir un jour ses disciples réinvestir leurs sanctuaires. Gariel le Fort était le Roi des Elohims qui avait jadis mis à l'abri l'ordre des Elohims. Il avait mené son peuple hors de l'Age de Glace mais son règne fut écourté par la maladie, alors il légua son pouvoir à Ethne la Blanche, sa fille, qui doit maintenant résister aux épreuves de l'Age de la Renaissance.


Einion Logos

     Culva.
     Il commençait toujours par "culva", le mot Lanun pour dire "amour". Il parcourait sa liste, psalmodiant chacun des mots et leur signification. Au début, il les récitait tous de mémoire, mais chaque semaine il en rajoutait quelques uns, si bien qu'il était amené à les lire sur le journal qui les recensait lorsqu'il approchait de la fin.
     Elle était morte il y avait deux ans de cela. Il lui avait promis qu'il l'emmènerait aux Iles Aegean, mais il avait dû repousser à chaque fois le voyage. En temps de guerre, les Elohims avaient absolument besoin de lui pour combattre, et le reste du temps, il était indispensable au maintien de la paix. Souvent, les armées les plus menaçantes se retiraient des cités lorsqu'elles apprenaient sa présence entre leurs murs. Aussi, les ennemis les moins disposés à négocier s'empressaient d'offrir la paix lorsqu'il apportait en mains propres le traité aux portes de leur capitale.
     Mais il n'est pas de bon marché qui puisse être conclu avec les démons. Il revenait tout juste de ses négociations avec les Infernaux, et c'était un démon à tête de bouc, aux os fracassés, qui avait accepté le traité de paix, mais sous plusieurs conditions. Einion avait refusé la plupart d'entre elles, ce qui avait rendu furieux le démon. Il l'avait menacé, mais Einion, ignorant ces intimidations, lui avait demandé de toutes les abandonner. Le démon n'avait pas vraiment eu le choix.
     Le traité était signé, il stipulait que les Elohims et les Infernaux devaient mettre un terme aux hostilités en cours. Il stipulait également que tous les crimes antérieurs à sa signature seraient pardonnés. Le démon avait signé, puis il avait souri.
     Ce sourire hanta Einion durant les trois jours qu'il lui fallut pour revenir en terres Elohims. Mais lorsque son peuple célébra le succès du dirigeant Elohim, la fin tant attendue de la guerre, un nuage menaçant se mit à surplomber Einion. Et lorsqu'il ouvrit la porte de son manoir isolé de la cité de Cahir l'Abbaye, il comprit pourquoi.
     La puanteur frappa violemment le plus profond de son être, et son expérience des champs de bataille lui permit de réaliser immédiatement ce qui venait de se passer. Le drame du savoir est qu'il tue d'emblée tout espoir; vous savez ce qui s'est passé, ce qui se passe, et ce qui se passera malgré le désir d'ignorer la réalité.
     Einion marchait à l'intérieur de sa maison, il aurait voulu courir pour retrouver sa femme, mais presser le pas au milieu des horreurs qui l'entouraient lui était impossible. Le sang avait coulé un peu partout dans la maison. Une élégante armoire à glace dans l'entrée portait les stigmates du choc avec la tête de sa femme. On apercevait encore la marque de son visage dans le sang desséché, au milieu de celles de ses mains. Des mains à l'intérieur desquelles les fragiles coquillages qu'elle venait de peindre étaient toujours intacts. Personne ne l'avait poussée contre le miroir, elle avait été possédée, ce qui l'avait faite s'appuyer suffisament fort contre l'armoire pour y laisser ces traces écarlates.
     Des scènes du même genre s'étaient jouées dans chacune des pièces de la maison d'Einion. Elle était montée jusqu'aux chevrons du salon pour accrocher ses longs cheveux à une corde qu'elle avait suspendue. Et elle avait sauté. Ses cheveux et des morceaux de son cuir chevelu pendillaient encore au bout de la corde. Les peintures accrochées dans le couloir qui menait à leur chambre à coucher étaient recouvertes de messages cruels, qui lui étaient destinés, à lui, et tous peints par la main de sa femme. Einion essayait de les ignorer.
     Une lumière grisâtre rayonnait depuis leur chambre à coucher. Elle dessinait d'étranges ombres sautillant dans le couloir, comme un drapeau déguenillé flottant devant une lanterne. Einion espérait la retrouver morte, mais pour son plus grand désarroi, elle n'était pas capable de se donner la mort.
     Sa peau était partie, elle l'avait elle-même arrachée, elle avait aussi déboîté la plupart de ses os, qui pendaient maintenant autour d'elle. La lumière provenait d'un symbole gris sur sa poitrine. Cette marque l'empêchait de mourir mais ne la soulageait pas de sa souffrance. Son âme était prise au piège d'un corps torturé. Un corps qui se tordait de douleur, et une âme qui essayait de s'en extirper, mais celle-ci était chaque fois retenue par le puissant symbole. La souffrance l'avait rendue folle et elle hurlait sans réussir à émettre le moindre son.
     Einion pleurait, il s'agenouilla près du lit conjugal. Il lança un sort pour dissiper le symbole et, une fois celui-ci disparu, une fois qu'il avait tué sa femme, il s'effondra et invoqua son pardon.
     Son écuyer l'avait découvert dans cette posture cet après-midi là, comme Einion avait manqué de se présenter au banquet organisé par son peuple et en son honneur. La cité souffrit avec son fils préféré, et ses larmes furent partagées par le plus jeune des enfants comme par le plus âgé des vétérans de guerre. La cité voulut se venger, interrompre la trêve signée avec les Infernaux, mais Einion n'était pas d'accord.
     Lorsqu'il s'adressa au Conseil d'Ayes,Einion dit: "Si vous êtes peinés pour moi, jetez vos armes; si vous m'aimez, ne marchez pas en direction du champ de bataille, mais en direction de vos enfants et de vos femmes. Laissez vos navires être ceux du commerce et de l'exploration, vos rêves être ceux de l'homme qui contemple ses enfants jouer dans la cour et qui passe de longues années entouré de ses amis. Je vais enterrer ma femme, accompagné de ceux pour qui le temps m'a jusqu'ici manqué. Je vous en prie, ne laissez pas le temps aussi facilement glisser entre vos doigts."

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