Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Enfants de la Magie - Partie 2

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

valledia

 

Valledia la Juste

     "Tu as terminé?"
     Sammuel offrit une coquille peinte comme preuve. Il n'était pas le plus talentueux des magiciens de Valledia, mais ses compétences en matière de magie de l'esprit, comme de l'âme, suffisaient à la réalisation de ce qu'elle lui avait demandé. De plus, Sammuel était particulièrement imperméable à la morale qui pouvait s'opposer à de telles pratiques.
     Valledia fit un signe de la tête et demanda au magicien de quitter la pièce, il s'inclina et sortit. Elle ne se sentait pas bien, son âme était habitée par la culpabilité de lui avoir ordonné d'accomplir une telle tâche.
     Elle s'assit et considéra tout ceci en attendant l'arrivée du Caswallawn. Il était toujours en retard, et son indiscipline n'avait d'égal que son talent. Lorsque enfin il arriva, il apparut pressé.
     "Tu as fais sortir Sammuel de prison? Il a pourtant été reconnu coupable de nécromancie interdite, d'avoir gardée vivante une créature au-delà des lois naturelles!"
     Valledia ne répondit rien.
     "Il aurait dû être exécuté pour ses expériences, il n'y a aucun équilibre dans ce qu'il fait, il nous menace de subir un jour le courroux des dieux. D'abord tu l'épargnes, et maintenant tu le laisses s'en aller. Mais à quoi penses-tu?"
     "Subir le courroux des dieux?"
     Elle savait que Dain n'était pas croyant, il avait trop entendu les prêtres radoter. Il continua.
     "Il a enfreint la loi, pourquoi ne s'appliquerait-elle pas à lui comme aux autres? Qu'a cet homme de si spécial pour que tu lui offres de se moquer de nos restrictions là où n'importe quel autre serait très justement puni?"
     "Sa vie m'appartient désormais, comme celle de ton conseiller t'appartient. Et change de sujet je te prie, tu n'obtiendras rien de satisfaisant avec celui-ci."
     Dain reprit son argumentation, mais il ressentit une gravité dans la sienne qu'il ne comprit pas. Valledia ne changerait pas d'avis sur le sujet, et elle avait de bonnes raisons, même si elle ne les lui donnerait pas. Elle était la plus entêtée et la plus logique des créatures qu'il avait jamais rencontrées.
     "Bon, parlons de cette trêve alors. Les prêtres nous rapportent que les Elohims se retirent de leur guerre contre les Infernaux."
     "Et?"
     "Les Infernaux ne sont pas aussi faibles que certains le croient, s'ils acceptent la paix avec les Elohims c'est uniquement parce qu'ils souhaitent livrer bataille ailleurs. Les Elohims sont très puissants, et les Infernaux veulent se tourner vers des cibles plus faibles sur lesquelles se nourrir, les Bannors, les Lanuns ou nous-mêmes."
     Valledia attendit de voir s'il continuerait sa démonstration, mais contrairement à sa grande maîtrise des arcanes il était d'une incapacité désarmante à anticiper le futur.
     "Les prêtres ont raison, au moins sur ce point, les Elohims ont déjà accepté la paix. Que penses-tu que nous devons faire?"
     "Nous devons nous rendre à Cahir l'Abbaye et nous entretenir avec Einion Logos, pour le convaincre de reprendre cette guerre."
     "Crois-tu vraiment que nous pouvons le faire revenir sur sa décision? Le faire renoncer au pacte signé et sacrifier des vies Elohims à la faveur des vies Amurites? Ne penses-tu pas qu'en agissant ainsi, non seulement nous échouerons, mais en plus nous attirerons le courroux des Infernaux qui provoquera la guerre que tu redoutes tant?"
     Dain se mit à faire les cent pas. Bien que manquant parfois de clairvoyance, il était Amurite, et une fois présentée cette argumentation logique il voulut la considérer prudemment. Alors il tendit le bras en direction d'un brasero suspendu dans la pièce pour séparer en deux panaches identiques la fumée avec son doigt. A la manipulation silencieuse de Dain, la fumée s'accumula pour former deux silhouettes, l'une d'Hyborem et l'autre d'Einion. Il étudia chacune d'elles, cherchant quelque signe de leur nature dans les images fabriquées. Il parla lentement en se concentrant sur leurs arguments, essayant de voir s'il y aurait un moyen de travailler dessus, mais il se retrouva coincé par chacun d'eux.
     "Einion ne rompra pas le cessez-le-feu. Hyborem attaquera une autre civilisation. Si cette civilisation est la nôtre, nous mourrons, très vraisemblablement. Aurions-nous quelque chose qu'Hyborem pourrait vouloir, quelque chose que nous pourrions échanger contre la paix?"
     "Qu'est-ce qu'un démon pourrait désirer d'autre que tuer?"
     "Penses-tu qu'il existerait une raison pour qu'Hyborem attaque les Lanuns ou les Bannors plutôt que nous?"
     "Non, comme la plupart des prédateurs il choisira la plus faible de ses proies, c'est à dire... nous. Prépare tes magiciens à la guerre, ce sera la nôtre. Transfère les Arcs de Feu des frontières de nos côtes vers celles que nous partageons avec les Infernaux."
     Dain acquiesça, comprenant la situation. S'appuyer sur la diplomatie serait vain, il devait donc tourner son esprit vers la guerre.
     "Je commencerai par entraîner des adeptes pour qu'ils sanctifient le pays, il ne fait aucun doute que nous affronterons la corruption. Nous devons considérer une démonstration de soutien envers l'Ordre, ses disciples pourraient être de puissants alliés pour nous.”
     "Tu as raison, je vais traiter avec l'Ordre, occupe-toi des mages."
     "Je dois y aller, j'ai beaucoup à faire."
     Valledia acquiesça et Dain se tourna pour partir. Elle l'arrêta avant qu'il ne sorte de la pièce.
     "Dain, j'ai anticipé cette guerre et je ferai tout mon possible pour que nous nous en sortions. Bien que la nuit sera longue, le matin viendra. Les Elohims finiront bien par rejoindre la guerre, leur grande inimitié envers les Infernaux les empêchera de supporter de nous voir tomber sous leur joug. Ainsi, lorsque les Infernaux auront pris nos cités frontalières et qu'ils marcheront en direction de notre capitale, nous irons voir les Elohims, parler de ceux que nous aurons perdu, et ils seront obligés de mettre fin au cessez-le-feu pour nous rejoindre."
     "Ils n'éprouvent aucun amour pour nous. Et il faudra que leur détestation des Infernaux soit beaucoup plus grande que je l'imagine."
     Valledia se contenta d'acquiescer.


Govannon

     Les Guildes des Mages, présentes dans chacun des royaumes, sont apparemment créées dans le but de former une nouvelle génération d'Adeptes qui serviront le souverain. En réalité, la plupart des magiciens sont extrêmement réticents à l'idée de partager leur pouvoir, et leurs guildes sont souvent utilisées pour ralentir la diffusion de leur art. Les aspirants doivent faire face aux règlements circulaires, aux années de corvée, ainsi qu'à l'accumulation de textes inutiles. Les plus ouverts des maîtres des arcanes s'inquiètent de l'influence de la corruption que le pouvoir peut exercer sur un esprit qui ne serait pas encore prêt. La plupart d'entre eux, cependant, gardent jalousement leur pouvoir pour des raisons plus égoïstes. Le désir de conserver le prestige que leur accordent ces secrets anime certains d'entre eux; d'autres partent du principe que le pouvoir qu'ils partagent est une ressource comme beaucoup d'autres, craignant qu'il diminue graduellement. Beaucoup sont plus simplement absorbés par leurs études et abhorrent l'idée même de perdre du temps dans leurs progression en supervisant un apprenti maladroit.
     Mais Govannon n'est pas comme cela. Il est un descendant spirituel, comme physique, de Kylorin, pensant que la Création ne retournera à la perfection que le jour où la société humaine, à tous ses niveaux, sera imprégnée de chacun des pouvoirs que les dieux avaient utilisés pour la créer. Il enseigne aux enfants des mendiants à transformer la pierre en pain, aux jeunes hommes à repousser leur corps au-delà de ses limites physiques, et aux jeunes demoiselles à inspirer leurs champions grâce à leur image cristalline, bien au-delà des gravures de l'imaginaire collectif. Cette patience désintéressée pour son aspiration utopique irrite au plus haut point l'aristocratie magique Amurite, mais sa puissance rivalise avec les plus forts d'entre eux, et la Reine Valledia a rapidement compris le potentiel d'une armée entraînée par Govannon.
     Les vieilles lèvres écornées de Govannon esquissèrent un sourire lorsqu'il se remémora la consternation qu'il avait causée. "C'est la preuve," dit-il, "que le pouvoir des arcanes n'est pas celui qui corrompt. Comment le pouvoir de la Création pourrait-il avoir été crée dans le but de causer sa perte? C'est le secret, et plus encore, la trompeuse admiration dans laquelle ces soi-disants "sages" se perdent qui altère leur esprit."

Commenter cet article