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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Enfants de la Magie - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

dain

 

Les Enfants de Kylorin

     "Il avait tous les visages d'un père, il était notre protecteur, notre chef et notre professeur. Au lendemain du triomphe de Mulcarn, alors que notre civilisation n'était plus que l'ombre d'elle-même, il a reconstruit. Dans la bataille il a souffert à nos côtés, et il a continué sa route lorsque plus personne n'osait avancer.
     Mais il a aussi versé son sang dans nos veines, à travers ses enfants. Il a eu beaucoup de descendants, d'innombrables même, avec différentes femmes, et chacun d'eux portait la marque de cet héritage unique. Ces enfants avaient en eux la force et le pouvoir des hommes de l'Age de la Magie.
     Aujourd'hui, après la chute de la Main Blanche et son propre départ, l'héritage que Kylorin a laissé à ses descendants est un cadeau éternel que devront honorer les Amurites." Valledia


Les Amurites

     Les Enfants de Kylorin portaient en eux un potentiel magique latent. Bien que l'avance prise par les Amurites sous la protection du grand mage immortel commençait à s'atténuer depuis le Dégel, les pouvoirs de Kylorin demeuraient. Les saisons passant, les enfants de Kylorin se marièrent avec le reste des Amurites, et leurs aptitudes se diffusèrent, faisant de cette civilisation la plus magnifiquement en phase avec les différents courants magiques d'Erebus.
     Cette filiation affecta bien des aspects de la vie Amurite. Ils dirigent maintenant leur nation comme une grande école de magie, instruisant le plus grand nombre de jeunes, au moins à maîtriser les compétences de base. Leurs écoles sont si célèbres qu'elles attirent sur leurs bancs d'autres magiciens des quatre coins d'Erebus. Les Archimages comme les Doyens des Ecoles et Universités agissent comme une aristocratie dans une nation qui n'en a pas vraiment, exerçant un grand pouvoir politique au-delà des murs de leurs institutions.
     Comme cela se passe toujours avec les grands groupes d'érudits, les Amurites se sont embourbés dans une impressionnante bureaucratie, le plus insipide des bourbiers administratifs connus par l'homme d'Erebus. Les Archimages, comme les professeurs, sont fréquemment impliqués dans des disputes mesquines, le plus souvent pour d'obscures raisons, développant des dissensions entre personnes. La connaissance comme les postes sont jalousement gardés et difficiles à obtenir, les rivaux potentiels étant chaque fois freinés dans leur ascension. Il n'est pas trop difficile de devenir un mage au service des Amurites, mais cela demande une sagacité, une impressionnante pratique de la magie et peu de scrupules pour atteindre l'apex de leur pouvoir magique.
     Désormais, les Amurites en sont arrivés à vénérer la magie pour sa propre nature. Leur fascination pour tous ses aspects est si profonde qu'ils ne se sentent pas concernés par les alignements qu'ils jugent  insignifiants ou par les concepts de "bien" et de "mal". Toutes les voies de la magie peuvent être explorées, mais certaines branches, comme la nécromancie, sont gouvernées par des lois et des réglementations strictes, afin de prévenir les abus comme certains désastres. La justice faite à un mage ignorant ces lois et commençant à pratiquer les branches réglementées sans en avoir obtenu la permission est impitoyable, définitive, et, dans la logique de leur fascination pour la magie, plutôt spectaculaire. Aucune possibilité n'est laissée à la récidive.
     Parce que les Amurites ne s'engagent pas véritablement dans les systèmes d'alignement comme la plupart des autres nations, ils sont considérés avec une prudente défiance par les civilisations dites du "Mal" et du "Bien". Les premières n'aiment pas la réglementation des sphères sombres et chaotiques, et les secondes s'inquiètent de ne pas les voir strictement interdites. Bien qu'ils ne soient pas spécialement haïs, ils ont pour ces raisons des difficultés à trouver de véritables alliés. De toute manière, ils n'en éprouvent pas le besoin. Aussi longtemps qu'ils seront laissés en paix et qu'ils pourront mener leurs expériences magiques ils seront satisfaits, et les dirigeants des autres nations les plus sages respectent cela. Rares sont ceux qui osent contrarier les Amurites, car ceux qui ont ressentis le feu de leurs arcanes n'éprouvent jamais le désir de répéter cette expérience. D'ailleurs, la plupart d'entre eux n'en ont plus jamais l'occasion.


Dain le Caswallawn

     Il tuait le temps en manipulant les pièces du mécanisme d'un mouvement d'horlogerie, disposées sur la table, soulevant une roue dentée pour la monter sur une épingle et finalement la pousser pour qu'elle se mette à tourner. La technologie le fascinait, quoique Dain n'avait jamais vraiment eu le temps d'apprendre quoi que ce soit au-delà des quelques bases sur la manière dont elle fonctionnait.
     Bien qu'il était grandement impressionné par les hommes créant ces mécanismes qui permettaient autant de choses étonnantes, il n'en voyait pas vraiment l'intérêt. Pourquoi fabriquer tous ces objets élaborés travaillant autour des lois de la nature alors qu'il était beaucoup plus simple de manipuler les lois elles-mêmes?
     Il reconnaissait, cependant, que la magie et ses praticiens étaient assez rares, ce qui rendait ces jouets et les astuces de salons nécessaires. La Magie pouvait tout résoudre, mais il était parfois plus pratique de faire sans. Un simple bouton à presser, ou un levier à tirer, et cela marchait. Ces mécanismes n'avaient pas non plus besoin de grands exploits de concentration, de runes trop longues à déchiffrer ou d'incantations à mémoriser.
     Dain se rappelait le temps où il était mage de siège en temps de guerre, de la chair à canon en réalité. Cette période avait été une douleur absolue pour lui. Il se souvenait l'odeur du sang et de la sueur, des vêtements souillés et de la peur. Les lamentations des blessés, la clameur des combats, et les campements froids, humides, sordides, où les mages Amurites, si faibles dans les combat au corps-à-corps, s'entassaient, attendant désespérément d'être envoyés là où aucun appareil de l'ingénierie humaine ne suffisait. Et plus que tout, Dain se rappelait de l'inquiétude, de l'oppressante sensation de ne peut-être jamais pouvoir sortir en vie de ce bourbier.
     Placide, Dain pouvait maintenant voir les choses autrement. La guerre magique avancée, exercée par des mages extrêmement bien entraînés, offrait aux Amurites le luxe de s'encombrer avec des machines de siège lentes et lourdes. Elles leur apportaient plus de tranchant lors des guerres, leur permettant de survivre plus longtemps et de l'emporter sur des ennemis plus puissants qu'eux.
     Vous ne pouviez pas espérer monter dans la hiérarchie magique des Amurites sans être allé vous battre au front. C'était une sorte de... formation obligatoire. Et ainsi, Dain avait combattu, tué, souffert et survécu. Il avait survécu aux guerres, et survécu à ses collègues. Il avait péniblement lutté pour arriver au sommet, et maintenant, après tout cela, il était assis sur une chaise à jouer avec les pièces du mouvement d'horlogerie d'un dispositif d'astronomie. Les nains étaient exceptionnellement doués pour fabriquer ce genre de babioles, Dain le savait. Les Khazads amélioraient leurs systèmes d'extraction des mines grâce à ceux-ci, là où les Luchuirps les combinaient avec la magie pour, d'une certaine manière, leur donner vie.
     Cet objet magnétique, cet être sans âme, morceau fonctionnel de métal astucieusement façonné, régi par les lois les plus strictes que l'homme ait jamais imaginées, pouvait-il constituer une menace pour lui et pour son peuple? Même le plus modeste des Amurites était, jusqu'à un certain point, au-dessus des lois!
     Il secoua sa tête. Il devenait distrait et distant. Il était tellement habitué à se déconcentrer de la sorte qu'il n'était même plus certain de savoir si cela avait commencé à la faveur d'une affectation visant à endormir ses adversaires, ou si c'était un trait de sa personnalité qu'il avait su exploiter adroitement. Regardant tout autour de lui dans la chambre, très peu meublée, il réalisa que le soleil était beaucoup plus bas qu'il aurait pensé.
     Il ressentit alors un pincement au coeur en démontant l'horloge. Il y avait bel et bien un domaine où les dents et les engrenages le devanceraient toujours: donner l'heure exacte.

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