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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Doux Rêveurs - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

hannah

 

Hannah l'irin

     Les Rêveurs, des vagabonds qui ne valent pas grand chose aux yeux de chacun si ce n'est cette utilité qui leur est faite de recevoir des visions des Suzerains, étaient disposés en cercle dans la grande chambre. Chacun d'entre eux était allongé dans un alcôve peu profond, il étaient percés en différents endroits de 27 fines aiguilles en os. Ces aiguilles creusées étaient remplies de cire à base de graisse de baleine et d'huiles religieuses damnées; une mèche y brûlait. La cire fondait, elle coulait le long de l'aiguille jusque dans le sang des Rêveurs, pouvant ainsi provoquer leurs visions.
     L'essentiel de ce que racontaient ses visions était incompréhensible, une succession de cauchemars et de souvenirs altérés. Elles reprenaient des vers d'anciennes berceuses, faisaient naître des dialogues entre êtres imaginaires, et parfois dans des langues que personne n'avait jamais entendues. Mais parfois, ces visions pouvaient raconter bien plus que cela.
     Ces visions étaient toujours précédées par les hurlements des Rêveurs. Les nouveaux Zélateurs étaient souvent tentés par la possibilité d'ouvrir eux-mêmes les corps des Rêveurs, et parler directement aux Suzerains, jusqu'à ce qu'ils entendent les hurlements.
     Alors la première voix arrivait, puis une variété d'autres voix, mais jamais celles du Rêveur. Le message était envoyé, les Cultistes pouvaient fidèlement l'enregistrer et lui rendre un culte à côté de l'alcôve. Les Rêveurs paniquaient au moindre contact, ainsi la plupart d'entre eux étaient seulement testés sur deux ou trois visions avant d'être remplacés.
     Mais il y avait des règles à suivre pour espérer obtenir ce que seuls les Rêveurs pouvaient offrir, ils étaient donc, en quelque sorte, traités comme des objets sacrés. Leur nourriture nécessitait d'être préparée de manière très spéciale, ils devaient constamment être gardés propres, être soignés, et ils ne devaient pas être exposés au moindre son ou vision pouvant les affecter, jusqu'à Cinnia...
     Cinnia était une des Rêveuses préférées des Suzerains, elle avait reçu pas moins de sept visions et tous les Cultistes, excepté Koun du Neuvième Anneau, se mirent d'accord pour qu'elle en reçoive davantage. Sa huitième vision fut sa dernière. Les Suzerains avaient parlé à travers elle depuis trois voix différentes. L'un hurlait à l'indignation, menaçant qu'une gigantesque vague détruirait la cité si l'expiation n'était pas accomplie. Un autre parlait de l'avenir, d'une terreur humaine qui se dirigerait et détruirait les hommes, le "Kraken". La dernière voix hurlait dans la douleur, puis s'interrompit, et les Cultistes ne réussirent jamais à déchiffrer son message, d'autant plus que les messages des deux autres l'avaient parasitée.
     Pendant des semaines les Cultistes débattirent des significations de ces visions. Koun argumentait que Cinnia devait mourir, que son sacrifice était l'expiation que les Suzerains demandaient. Chaque jour ils observaient la mer, de crainte qu'une vague n'arrive. Alors les Cultistes remarquèrent que la mer commençait à se retirer, à disparaître de l'horizon de la cité. L'eau s'amassait dans un endroit reculé, et la vague approcha.
     Tous se précipitèrent en direction de la grande chambre pour y rendre un culte, aux côtés de Cinnia, afin de demander conseil auprès des Suzerains, et apaiser leurs maîtres. Ils restèrent là jusqu'à ce que l'un d'entre eux remarque l'estomac de Cinnia, il avait gonflé, très légèrement. Un sorcier confirma cette impression, elle était enceinte.
     Le restant de la journée fut chaotique. Un Rêveur fut souillé, et seuls les Cultistes purent s'en approcher. Sous la menace et la contrainte ils découvrirent le coupable: Koun du Neuvième Anneau.
     Koun fut sacrifié sur la plage et jamais la vague ne déferla. Cinnia fut accompagnée jusque dans la grande chambre et prise en charge. Elle décéda lors de l'accouchement de deux filles, l'une morte née, l'autre leur survivant.
     Les Cultistes décidèrent que l'enfant était trop dangereuse pour être gardée au temple, elle fut alors donnée au capitaine d'un navire, qui l'éleva. Il l'appela Hannah l'Irin le jour où il apprit qu'elle avait survécu à sa mère et à sa soeur jumelle après l'accouchement.
     Hannah devint aussi caractérielle et puissante que la mer l'était. Elle quitta le navire de son père à l'âge de 15 ans et fomenta une mutinerie contre le capitaine du premier navire venu, et le débarqua. Ce navire, qu'elle rebaptisa le 'Vaisseau Profané', devint très vite la plus crainte des embarcations, que ce soit des navires marchands comme des militaires. Lorsque l'heure de la guerre arrivait, tous les pirates se rangeaient sous son drapeau. Et bien que fort peu habitués à l'autorité centrale, les Lanuns suivaient Hannah, trop angoissés à l'idée de voir se soulever sa colère.


Hemah

     Les êtres comme Hemah, très rares, sont appelés "rêveurs affectifs". La raison de leur "pouvoir" vient d'une terrifiante synchronisation magique qui les affecte d'une malédiction: leurs rêves deviennent réalité.
     A l'âge de 12 ans, Hemah voyait des salamandres jouer sur les pierres humides. Elles étaient comme des fragments vivants de mercure peint, comme de minuscules dragons qui habitaient un monde primitif, au-dessous du pont derrière sa demeure. Elles sifflaient en direction d'Hemah, comme lui signalant de ne pas essayer de les écraser.
     Cette nuit-là, ces sifflements revenaient, encore et toujours, mais ils étaient plus bas, et faisaient écho à travers la petite maison en pierre. Des démons peints et brillants s'enfonçaient à travers les murs. La langue fourchue, ils avançaient rapidement au travers des ombres jusqu'à se saisir des parents d'Hemah, pour les traîner en dehors de la maison.
     Il avait dormi tout ce temps-là. Au petit matin, les cris des voisins le réveillèrent. La majeure partie de la maison était détruite, sauf sa chambre, restée en l'état.

     La femme du voisin était ronde, avec une voix si haut perchée qu'elle semblait pousser les mêmes cris que les cochons qu'elle élevait, en compagnie de son mari. Elle s'était précipitée, puis jetée sur Hemah, l'examinant pour vérifier que tout allait bien. Le couple lui avait dit de fermer les yeux jusqu'à ce qu'ils le sortent de sa chambre, mais Hemah les avait gardés ouverts.
     Des marques de griffes, du sang, tout était cassé à l'intérieur... et ses parents n'étaient plus là. Partout ils les cherchèrent, mais jamais ne les trouvèrent; Hemah, lui, savait où ils étaient. Alors il emmena l'éleveur de cochon et sa femme au bord de la rivière, derrière leur maison, et regarda sous le pont. Les corps déchirés des parents d'Hemah s'y trouvaient, leurs bouches étaient à ce point remplies de boue que leurs gorges avaient explosé.
     Depuis ce jour, tous ceux qui approchèrent Hemah moururent. Un matin, il se réveilla pour se rendre compte que la population entière du petit village dans lequel il avait passé la nuit n'était plus. D'autres fois, des créatures sont imaginées lorsqu'il rêve et prennent vie après son réveil. Des gens sont tués, des femmes sont violées. Des hommes deviennent comme des poupées la nuit, forcés de jouer des scènes du subconscient d'Hemah, encore et toujours.
     Certains disent qu'Hemah n'est pas un véritable mage, mais qu'il a seulement rêvé l'être jadis, et qu'il n'aurait jamais oublié ce rêve. D'autres se demandent même si ce ne seraient pas les Suzerains qui auraient trouvé Hemah et qui auraient provoqué ses rêves, ou si au contraire ce serait Hemah qui aurait rêvé des Suzerains et qui les aurait créés. Ce qui est certain dans tous les cas, c'est que même si Hemah est dangereux lorsqu'il est éveillé, il l'est encore plus lorsqu'il dort.

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