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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Le Festival de Beltane - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Alazkan-Hemah     

 

La Statue d'Uireb

 

     Hemah traversait les broussailles à la lisière de la forêt. Un orage avait ravagé la contrée et un reflet d'or était visible depuis la fange. Croyant d'abord à une pièce de monnaie il fut surpris de trouver une plume dorée. Elle était magnifique, la plume n'avait pas perdu de son éclat malgré le temps passé dans la boue, toutefois, Hemah supposa qu'elle était là depuis fort longtemps; elle dégageait une telle force de réalité que tout ce qui l'entourait semblait fictif.
     Alazkan l'appela depuis son troupeau de chevaux. Son accent était aussi parfait que l'illusion de l'amulette d'Hemah créée autour de lui. Cette illusion faisait apparaître Alazkan aux yeux de chacun comme un commerçant Lanun, en lieu et place de l'assassin Svartalfar qu'il était en réalité. Même son impatience crédibilisait son personnage d'humain, d'ailleurs Hemah se demandait à quel point il pouvait jouer la comédie.
     "J'arrive." Hemah glissa la plume à l'intérieur de son habit puis essuya la crasse sur ses manches; c'était leur signal pour prévenir qu'ils se savaient observés. Alazkan en avait lui aussi conscience et devait résister à la pulsion de diriger son regard vers le mystérieux, mais talentueux, mage.
     Trois jours s'écoulèrent, et ils se trouvaient maintenant au coeur de la forêt. Les Ljosalfars célébraient Beltane et la cité abondait de voyageurs absorbés par les cultes et par les jeux. Ils savaient qu'ils ne seraient là-bas qu'une paire de nouveaux visages, que même les humains ne remarqueraient pas.
     Une fois qu'Alazkan eut fermé les fenêtres et contrôlé la chambre de l'auberge, il retira l'amulette.
     "L'as-tu trouvé?"
     Hemah se frottait les yeux. Il avait examiné la cité toute la journée, et dormait très mal depuis plusieurs nuits. Les Svartalfars lui avaient pourtant fourni de l'encens qui l'empêchait de rêver, mais son sommeil était devenu vide. Il le reposait physiquement mais lui rendait plus difficile la mobilisation de son esprit.
     "Oui, il y a trois temples dans la cité, et au milieu se trouve un petit bosquet abritant la statue d'un satyre. Ce que nous cherchons est à l'intérieur de la statue."
     "A l'intérieur?" demanda Alazkan, "Et il y a une porte secrète dans cette statue?"
     "Je ne pense pas. Ils ne pouvaient détruire l'objet. Alors ils ont sculpté une statue autour pour le cacher."
     Alazkan, bien que voleur talentueux, ne pouvait pas dérober à lui seul une statue dans la capitale Ljosalfar. De plus, se risquer à ébrécher une statue au beau milieu d'un festival finirait par attirer l'attention de quelqu'un.
     "Je vais avoir besoin de créer une nouvelle illusion, comme de trouver un moment où personne d'autre ne sera dans le bosquet."
     Le festival de Beltane leur offrait cette opportunité. La procession royale, une parade où défilait la haute noblesse Ljosalfar, était menée par Arendel Phaedra. Hemah et Alazkan attendaient en marge de la procession, à seulement quelques centaines de mètres du bosquet. Bien qu'ils se trouveraient au plus près de la foule d'Uireb, personne n'irait jeter un oeil en direction du bosquet, et le bruit des acclamations devrait couvrir le moindre des leurs.
     Les adeptes se préparaient pour la procession. Tous étaient habillés d'atours elfes et répétaient les modestes illusions qui agrémenteraient la parade. Hemah se moquait des efforts manifestes dont ils faisaient montre pour créer de simples lumières étoilées ou effets incandescents. Un adepte luttait même avec un cerf pour qu'il exécute des bonds et danse à côté du char lors de son trajet.
     C'est alors qu'Hemah l'aperçut. Elle allait à la rencontre de chacun des adeptes, les encourageant et s'assurant de leurs dispositions. Elle se déplaçait d'un char à l'autre et, maîtrisant toutes les illusions, s'amusait à aider chacun d'eux. Elle leur montrait comment améliorer les effets, mais souhaitait aussi s'assurer que tous étaient au point. Elle s'arrêta devant l'adepte en difficulté avec le cerf; alors elle plaqua délicatement les mains du jeune homme contre les siennes, pour lui permettre d'apprécier ses mouvements pendant qu'elle lançait le sortilège. C'était parfait, et la tentative suivante de l'adepte fut elle aussi couronnée de succès.
     Elle était magnifique, et pour la première fois Hemah se sentit coupable d'aider le voleur Svartalfar à agir dans cette cité. Cela faisait d'ailleurs bien longtemps qu'il s'était senti coupable de quoi que ce soit.
     Les cornes retentirent et la foule se précipita vers le centre d'Uireb. La splendide archimage Arendel retourna dans le palais. La procession commença. Et tandis que la cour royale elfique commençait à en sortir, pour rejoindre les chars enchantés, Alazkan empoigna le coude d'Hemah.
     "Viens."
     Hemah résista, espérant la voir repasser devant eux. Mais cédant à une autre tentative d'Alazkan, il le suivit à travers la foule.
     En dehors du bosquet, leur chariot attendait. Quatre taureaux le tiraient et des plaques de fer renforcées à l'arrière permettraient de transporter la statue. Une rune était inscrite au fond du chariot.
     Alazkan conduisait le chariot à l'intérieur du bosquet pendant qu'Hemah marchait à côté. Ils pouvaient entendre la foule devenir plus bruyante au fur et à mesure qu'une noblesse de plus en plus renommée défilait. Mais tout le monde ne regardait pas la procession, et un disciple s'effraya d'apercevoir le chariot couper à travers le petit bosquet.
     "Mais que faites-vous? Sortez ce chariot d'ici!"
     Immédiatement Hemah se mit à réciter l'excuse qu'ils avaient tous deux préparée, "Je suis vraiment désolé, la route devant nous était bloquée et nous..."
     La suite de l'histoire perdit de son intérêt puisqu'Alazkan venait à l'instant de tuer le disciple d'un coup d'épée; il l'avait rattrapé avant qu'il ne tombe par terre, pour ensuite le glisser à l'arrière du chariot. Hemah se réjouit soudain de savoir que, s'il devait mourir ici, l'amulette d'Alazkan cesserait de fonctionner, et dévoilerait la véritable identité du Svartalfar en plein centre de la capitale Ljosalfar.
     La foule applaudissait et des cornes annoncèrent l'entrée d'Arendel.
     "Aide-moi." lui ordonna Alazkan, lançant des cordes autour de la statue.
     Hemah s'exécuta, les attacha, et lui signala qu'il était prêt pour que soit tiré le chariot. Alazkan fouetta devant lui les taureaux jusqu'à ce que les cordes se tendent; une brève seconde passa pendant laquelle rien ne bougea, jusqu'à ce que la statue bascule et retombe contre l'arrière du chariot.
     Alazkan stoppa les taureaux, puis bloqua les roues du chariot, enfin il ajusta les cordes. Pendant qu'il replaçait les taureaux pour leur permettre de tirer la statue dans le chariot, Hemah inscrivit une rune à l'endroit où elle se dressait avant qu'ils ne l'en enlèvent. Lorsque il eut terminé, il lança son sortilège pour qu'une statue illusoire se dresse à la place de l'ancienne.
     La statue enfin sur le chariot, Alazkan appela Hemah pour qu'il se dépêche. Ce dernier bondit dessus et se concentra sur la rune qu'il avait déjà inscrite. La statue sur le chariot scintilla et disparut, le laissant apparaître comme vide aussi longtemps que personne ne remarquerait qu'il faisait s'affaisser le chariot sur ses roues, traçant de larges sillons sur le sol.
     Alazkan regarda derrière lui et sourit, "Je crois que nous ne sommes pas supposés nous trouver ici, nous devrions essayer de rejoindre de véritables routes."
     Hemah acquiesça.
     La traversée pour sortir d'Uireb fut tranquille; en dehors de ce disciple et des hordes de gens assistant à la procession, les rues de la cité Ljosalfar étaient vides. Avec un peu de chance, plusieurs jours pourraient passer sans même que quiconque ne remarque le vol de la statue, ce qui leur permettrait ainsi d'être en lieu sûr, au loin de cette forêt. Mais plus Hemah passait de temps à voyager sur le chariot, plus l'anxiété le gagnait.
     "Je ne peux pas déjà m'en aller."
     Alazkan l'observa suspicieusement, "Tu nous es bien trop utile pour que nous t'écartions après cette mission, si c'est ce qui t'inquiète."
     "Ce n'est pas ça, je veux juste explorer Uireb un peu plus. Il doit y avoir un grand nombre d'artefacts là-bas, c'est cet endroit que les elfes partageaient autrefois avec Sucellus."
     Alazkan considéra plusieurs possibilités, et comme toujours, tuer représentait dans sa pensée le moindre des risques. Mais il prit aussi en compte la réflexion d'Hemah qui lui semblait bonne, il devait y avoir encore de nombreux trésors dans la cité Ljosalfar, bien que les capacités du mage lui faisaient réellement peur. Quoi qu'il en soit, il décida de le laisser repartir. Alors il plongea sa main à l'intérieur de sa tunique pour sortir la blague d'encens qui devait récompenser Hemah, pour la lui donner.
     "Très bien, fais-moi savoir si tu trouves quelque chose d'intéressant à dérober, et nous pourrons de nouveau nous associer. La prochaine fois j'aimerais bien me faire passer pour un noble Grigori. J'ai quelques belles idées d'insultes et je pourrai blasphémer contre Cernunnos à la moindre occasion."
     Hemah sourit, "Je n'hésiterai pas, les ombres te saluent."
     "Moi aussi mon frère."
     Alazkan reprit sa route pour sortir de la forêt. Hemah se retourna une dernière fois, et se mit en marche en direction du centre d'Uireb.

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