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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

La Guerre des Dieux - Partie 3

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

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Le Miroir de la Guerre

 

     Cernunnos avait perdu sa connexion avec Sucellus en quittant la forêt, mais il n'avait pas réalisé qu'il pouvait également ressentir celles qui le liaient à chacun des dieux, jusqu'à ce qu'elles lui soient retirées. La passionnée Bhall, l'aimante Sirona, le vigilant Junil, tous étaient présents dans son âme et l'avaient conduit à sortir de la forêt pour sauver son fils. Mais ce monde ne lui permettait pas de capter leurs voix. Ici, seul un dieu demeurait, le Dieu du Désespoir, Agares.

     Le Nyx paraissait de toutes parts réduit en cendres. Le ciel était vide, bien que Cernunnos avait aperçu une rivière qui menait à une mer semblant refléter cet horizon perdu; mais il ne voyait plus rien à présent. Comme Cernunnos, Archange de la Nature, n'était pas sans talents, il enfonça ses mains dans la terre grise et fit appel à certaines formes de vie. A quelque chose de puissant, de brûlant, qui pourrait s'élever de terre et se métamorphoser. Ce monde entier ne pouvait pas être mort.

     Et il l'éprouva, l'unique souffle de vie en ce monde perdu, puisque son fils était traîné en direction d'une fosse. Gower était toujours en vie mais souffrait horriblement; et pour la première fois, le satyre ressentit la présence de Cernunnos. Alors il se mit à hurler le nom de son père.

     Cernunnos se leva et repartit à sa recherche. A travers le gris infini, ses expirations, seuls sons émis dans ce monde vide, réveillaient les cendres qui retombaient dans son sillage. Il suivit l'appel de son fils jusqu'à arriver devant une grande fosse. Au centre, une île de granit flottait, et des cendres tombaient sempiternellement comme du sable dans l'obscurité. Agares se tenait fièrement debout sur l'île, avec Gower, captif.

     Cernunnos bondit. Il s'envola tel un oiseau, puis entendit, ressentit au plus profond de son être, hurler Gower. L'archange arrivé à mi-chemin, Agares serra le cou du jeune satyre jusqu'à le tuer. L'âme de Gower, suspendue dans l'air, aspirait à l'appel de Sucellus qui la mènerait vers sa demeure éternelle; mais à la place, Agares attrapa l'âme du satyre et l'absorba.

     Cernunnos frappa le flanc de l'île suspendue dans le ciel. Il pleurait son fils de désespoir tandis qu'il se frayait un chemin en escaladant à l'aide de ses griffes le flanc de l'île jusqu'à  son sommet.

     Agares se trouvait en haut du plat sommet granitique. Il jeta au hasard le corps meurtri de Gower, et Cernunnos le chargea. Agares tendit une main pour stopper l'archange enragé et le monde entier frémit sous la force de l'impact. Le Dieu du Désespoir était le coeur de ce monde et il ne pouvait en être affecté. Mais le coup de Cernunnos, par sa puissance, déplaça le monde autour de lui. Des crevasses s'ouvrirent à la surface du plus profond des enfers, des rivières se déversèrent dans des cavernes perdues, mais Agares, un genou et une main à terre, put se relever et faire face à la puissance de Cernunnos.

     Agares examina les marques de cornes sur son plastron noir et doré. C'était le coup le plus incroyable qu'il avait jamais reçu, mais en sa qualité de dieu, il ne pouvait périr sous l'attaque de l'archange.

     Alors Agares se jeta de toutes ses forces sur Cernunnos. Sa lance empala le géant cornu comme elle aurait empalé une bête. Des flammes noires et dorées émanaient maintenant des deux belligérants, brûlant Cernunnos jusqu'à le faire souffrir autant dans son âme que dans sa chair. Son corps et son esprit étaient comme écrasés par la force d'Agares. Le Dieu du Désespoir saisit alors Cernunnos par la tête et l'amena juste au-dessus du sol lisse et brillant de l'île. Ce sol était en réalité un miroir parfaitement noir dans lequel se reflétait la douleur et l'angoisse ressenties par Cernunnos.

     "Tu as toujours été le préféré de mes archanges." murmura Agares.

     L'image de Cernunnos dans le miroir se tordait de douleur et hurlait. Elle partageait tous ses traits, mais le noir et le rouge avaient remplacé le vert et le marron de l'archange. Cernunnos la regardant avec horreur, l'image remonta à la surface et s'éleva au-dessus du miroir. Cette version ténébreuse de lui-même lorgnait là où Agares le retenait.

     Satisfait de sa nouvelle création, Agares plaça une main autour de la gorge de Cernunnos et la serra. Le monde tourbillonnait dans ses yeux; il pouvait éprouver la vie s'échapper de lui, et Agares se préparer à consumer son âme.

     Soudain, une détonation tonitruante secoua l'île. Agares hurla de douleur et lâcha Cernunnos. Un autre choc détruisit son plastron et le propulsa loin en arrière. Alors l'image altérée de Cernunnos chargea ce dernier, mais fut cueillie par des sabots de cerf, et ejectée du versant de l'île jusque dans la fosse. Sucellus se dressait au centre de l'île; un dieu en colère dans toute sa splendeur. Il posa ses yeux plus bas vers Cernunnos, le regard toujours fixé sur le miroir noir.

     Cernunnos réalisa aussitôt ce qui lui arrivait, alors il frappa le miroir de toutes ses forces. De gigantesques morceaux de verre noirs plurent autour d'eux, provoquant la colère d'Agares. Cernunnos ramassa un de ces morceaux, avec la ferme intention de le lancer contre le Dieu du Désespoir, mais Sucellus empoigna Cernunnos et les terres grises de l'enfer d'Agares disparurent aussitôt sous leurs pieds.

    De retour à sa forêt, Sucellus lança un appel à chacune des plantes et à chacun des animaux, leur ordonnant de se préparer pour la bataille qui s'annonçait. Tandis que sa présence se diffusait à travers le forêt, il pouvait déjà éprouver la corruption d'Agares l'envahir. L'herbe se flétrissait, la maladie contaminait les animaux qui s'enfuyaient, et la propageaient dans les régions traversées.

     Cernunnos commença à organiser les Ljosalfars. Ils n'avaient jamais connu la guerre, mais plus pour très longtemps maintenant. L'une d'eux, une jeune sculptrice, jeta un oeil à l'intérieur du morceau de miroir que Cernunnos tenait toujours dans sa main. Très vite elle se glaça, fut paralysée. Une image fantomatique apparut à ses côtés, une image de sa propre personne, mais cruelle et malicieuse. L'énorme poing de Cernunnos brisa l'image et il remit le morceau, face en bas, à l'elfe.

     "Cache-le, et ne laisse jamais quiconque regarder à l'intérieur."

     Elle prit le morceau et se dépêcha d'accomplir sa tâche. Une bataille se profilait, mais un devoir attendait Cernunnos avant de pouvoir la débuter.

     Alors il retourna sous le grand chêne rouge, sa demeure. La mère de Gower les attendait dehors. Il n'eut rien besoin de dire. Il s'approcha et déjà elle s'effondrait, en larmes, la tête entre les mains.

 

     Les enfants, toujours assis, étaient transportés par l'histoire. Les yeux grands ouverts lors de chaque attaque, ils frissonnaient et pleuraient lors de chaque défaite.

     "Il est arrivé quoi après?" demanda Cewellyn.

     Le conteur considéra la question.

     "J'aurais aimé pouvoir dire que les choses s'améliorèrent, mais elle ne firent qu'empirer. Sucellus et Danalin rejoignirent la Guerre des Dieux, et la Création fut presque entièrement détruite dans les semaines qui suivirent. Fort heureusement, au lieu de se résigner à cette fatalité, les dieux se réunirent pour établir la Convention, et accepter de se retirer de la Création; et tout cela à cause de l'évènement causé par Gower."

     "Et Sucellus? Il a sauvé Gower?"

     "Non, je ne crois pas. Mais lors de Beltane, les nations qui révèrent Cernunnos organisent une fête en l'honneur de son fils préféré, une fête rassemblant les meilleurs lutteurs de la forêt. Depuis ce jour, les satyres, enfants éloignés de Cernunnos, s'allient avec les nations qui suivent la voie de leur père vénéré."

     Le conteur fit une pause. Beltane n'était passée que depuis quelques nuits et il voulait que les enfants comprennent que cette grande fête était beaucoup plus que de simples jeux.

     "Il se fait tard, la suite de cette histoire sera pour une autre nuit."

     Le conteur sourit lorsque les enfants geignirent et le supplièrent de faire un peu durer la veillée. Mais finalement, ils acceptèrent la décision du conteur et partirent se coucher; et ils rêvèrent de dieux au combat, de Cernunnos, et de son fils préféré, Gower.

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