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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

La Guerre des Dieux - Partie 2

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

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Le Grand Cornu

 

     Cernunnos, le Grand Cornu, se réveilla aux murmures des arbres. Tous lui parlaient de son fils Gower qui avait quitté la protection de sa forêt. Cernunnos se leva instantanément et s'élança à travers elle. Les Ljosalfars arrêtèrent leurs activités à son passage, mais ne préférèrent pas descendre des arbres, terrorisés en voyant l'Archange de Sucellus furibond.

     "Où est-il parti? Et mes autres enfants?"

Le choeur des réponses l'entourait, "dans les montagnes...", "les enfants attendent à l'orée de la forêt...", "Gower est parti...".

     Alors qu'il courait, Cernunnos sentit la présence de Sucellus à ses côtés le calmer, ce qu'il ne souhaitait pourtant pas vraiment.

    "Pourquoi ne l'as-tu pas arrêté?"

     Sucellus s'adressa directement à son archange, ses mots résonnaient en lui "Ce n'est pas une prison mon enfant. Gower a quitté la forêt par sa propre volonté, tu ne peux le suivre."

     Cernunnos savait la vérité de ces mots mais refusait de répondre. Il lui fallut à peine quelques minutes pour arriver en bordure de la forêt, où ses autres fils criaient pour que Gower revienne. Gower débutait tout juste son ascension à cet instant, à quelques centaines de mètres de la lisière des bois. Cernunnos s'arrêta pour ordonner à ses autres fils de retourner au coeur de la forêt, mais l'expression sur son visage était si terrible qu'il n'eut pas besoin d'ouvrir la bouche pour être compris et obéi.

     Cernunnos criait depuis la lisière. Son imposante voix faisait écho contre la montagne et tous les habitants de la forêt entendirent son appel, mais Gower continua comme si de rien n'était. Frustré, Cernunnos arracha un arbre et le fracassa contre le sol. Le flanc de la montagne trembla sous le choc, détachant des rochers qui roulèrent jusque dans la forêt. Gower fut déséquilibré par certains d'entre eux, mais le satyre ne se détournait toujours pas de son objectif.

     Plus furieux encore, Cernunnos ramassa un de ces rochers et le lança en direction de son fils. Le rocher atteignit sa cible et heurta Gower à l'épaule, le faisant tomber dans la douleur. Mais lorsqu'il se releva, il continua à regarder fixement le sommet de la montagne pour s'y précipiter encore plus promptement.

     Cernunnos jeta un oeil derrière lui au coeur de la forêt. Sucellus n'avait pas bougé de la grande chambre de racines et de branches lui servant de demeure, mais son esprit était ici, au bord de la forêt. Cernunnos ne murmura qu'un "Je suis désolé", puis bondit jusque sur le flanc de la montagne.

     Atterrissant sur le versant rocheux, Cernunnos connu la perte de son lien avec la terre de Sucellus pour la première fois. Son corps tremblait et il avait l'impression que son âme le quittait. Seule la pensée de son fils aîné escaladant la pente devant lui le fit continuer. Cernunnos cria une énième fois le nom de Gower alors qu'il se relevait.

     Une ombre descendit à sa hauteur et Cernunnos reconnut au premier coup d'oeil le Dieu du Désespoir; il pâlit devant Agares.

     "Tu as toujours été l'archange que j'ai préféré, es-tu aussi fort qu'ils disent?"

     Agares, comme habillé de flammes noires et dorées, était magnifique et horrible à la fois. Sa lance était levée au-dessus de sa tête et ses six ailes entièrement déployées empêchaient Cernunnos d'apercevoir son fils.

     Cernunnos rassembla toutes ses forces pour parler, "Je ne suis venu que pour mon fils, je n'ai aucune raison de me quereller avec vous."

     "Si tu veux le récupérer," sourit Agares, "viens le chercher."

     Cernunnos se projeta vers l'avant et, baissant la tête, arma ses épaules en vue de l'impact. Rien n'avait jamais résisté à sa charge, mais il attaquait un dieu pour la première fois.

     Juste avant la collision, une unique plume tomba d'une des ailes d'Agares. Elle atterrit sur le dos de Cernunnos et propulsa jusqu'au sol l'archange à l'assaut. Ainsi il était allongé par terre, prosterné, face au dieu de l'entropie, une simple plume sur le dos. De toutes ses forces il luttait, poussait avec ses mains sur le sol, écrasant sous lui les rochers, mais Cernunnos ne réussissait pas à se relever.

     Agares s'agenouilla à côté de lui, "Peut-être la prochaine fois se terminera mieux pour toi." Alors Agares s'envola, son ombre traversa Cernunnos, et disparut.

     Cernunnos peina sous le poids de la plume pour le restant de la journée. Lorsque finalement le soleil plongea sous les montagnes, absorbant Cernunnos sous leurs ombres, une brise souffla le long du versant de la montagne. Cette brise ramassa la plume qui se laissa tournoyer et porter plus bas, à la lisière de la forêt.

     Cernunnos était déjà reparti. La montagne tremblait sous chacun des coups assourdissants de ses sabots alors qu'il se précipitait vers son sommet. Il pouvait y apercevoir la silhouette de Gower, debout. Cernunnos avait peur pour son fils, mais gardait espoir. L'espoir qu'il pourrait arriver à temps. L'espoir que sa rencontre avec Agares n'avait rien à voir avec la présence de Gower un peu plus haut. Alors Agares se posa près de Gower sur la cime de la montagne, et cet espoir s'envola.

     Cernunnos hurlait, les échos terrifiant de ses cris à travers les montagnes revenaient à lui, jusque plus bas dans la forêt. Les Ljosalfars pleurèrent d'angoisse et les autres fils de Cernunnos répondirent aux échos des cris de leur père.

Agares en vint finalement à empoigner Gower par la gorge. Le satyre se débattait, impuissant sous la divine étreinte d'Agares. Les muscles de Gower se tendirent, il devint rouge écarlate, ses membres tremblèrent. Agares tendit son autre bras et ouvrit un portail. Un monde ténébreux s'étendait au-delà, couvert de cendres et d'eaux noires comme de l'encre; les ruines d'un monde maintenant parti en poussière. Agares transporta Gower à travers le portail.

     Cernunnos atteignit la crête au moment même où le portail commençait à se refermer. Sans réfléchir, il se jeta pour le traverser.

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