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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

La Guerre des Dieux - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

satyr - by Stephen Somers

  

Préambule

 

     Les générations d'hommes passant, et les vampires les chassant, les dieux prouvèrent leur incapacité à surmonter leurs différents. Alors ils commencèrent à guerroyer à travers la Création.

     Comme pour toutes choses, les désirs des dieux se manifestaient physiquement, et leur agressivité prenait la forme de puissantes créatures se battant les unes contre les autres. Dragons, géants, puissants élémentaux et dieux eux-mêmes déclenchaient d'incroyables sortilèges qui menaçaient de détruire la Création. Des montagnes étaient créées puis détruites; des abîmes, des lacs, se creusaient comme de béantes balafres.

     La Création entrait dans ce que ses survivants appelleraient l'Age des Dragons. Les premiers elfes de la Création, qui se réuniront plus tard sous la bannière Ljosalfar, aiment d'ailleurs à se souvenir des exploits de leurs glorieux ancêtres et les transmettre aux plus jeunes...

 

 

Gower le Satyre

 

     "Nous dansions sous les feuilles, dans la forêt qu'était Sucellus. Il en était le coeur, les branches sur lesquelles nous marchions, la terre sur laquelle nous jouions, le vent, et la pluie, qui nourrissaient nos êtres. Il n'était de maladies, de morts, sur lesquelles il n'avait le contrôle."

     "Ce n'était pas pour autant que personne ne mourait. Nos vies étaient longues mais pas éternelles, et notre corps pouvait être finalement mis au repos pour que nos âmes voyagent dans des lieux plus spirituels. Mais jamais personne n'était mort par préméditation ou par accident. Un enfant qui sautait de branche en branche avait reçu de Sucellus les dons d'agilité et d'équilibre, mais il pouvait également compter sur la branche pour lui porter secours. Si grand était l'amour de Sucellus à notre égard que sa forêt nous chérissait."

     Les enfants elfes se rassemblaient auprès du conteur. Ils pouvaient toujours ressentir la profondeur de leurs racines sylvestres, mais les forêts qu'ils connaissaient n'étaient que tombeaux comparées à celles de l'Age des Dragons. Les elfes éprouvaient toujours un profond respect à leur endroit, mais l'âme ancestrale de la forêt s'en était allée.

     "Quelle histoire aimeriez-vous écouter ce soir les enfants?"

     De nombreuses et bruyantes réponses éclatèrent; le conteur les arrêta, surpris par l'une des propositions.

     "Le Miroir Noir? Que sais-tu de cette histoire Cewellyn?"

     Le garçon sourit timidement, "Mon père disait qu'un Malakim avait eu des visions d'une mer de verre qui bénirait celui qui la regarderait, pour qu'il soit plus gentil. Mais qu'en enfer il y en avait une qui rendait méchant."

     "Oui, il existait jadis un miroir comme ton père te l'a décrit, mais il est détruit maintenant. Rappelle-toi que durant ce premier âge, alors que nous vivions au sein de Sucellus et que les bienveillants Aifons résidaient sous les Mers avec Danalin, le reste de la Création était en guerre. Nous étions bordés par de vastes montagnes aux rochers mouvants; la bataille balafrait les plaines et le fond des mers. Les rares aventuriers partis explorer ces régions n'en revinrent jamais."

     "Cernunnos vivait alors parmi nous, accompagné de ses trois épouses mortelles. Toutes attendaient des enfants de lui, et chaque mâle naquit avec les cornes et les sabots de son père. Ils s'avérèrent être de puissants guerriers parmi les Ljosalfars, aimant s'amuser à des jeux de force. Le plus fort d'entre eux s'appelait Gower."

     "Ces fils étaient puissants, mais uniquement comparés à la faune de notre forêt et aux voyageurs Aifons la traversant. Ils se croyaient imbattables. Ils passaient des journées entières à observer les immenses créatures de la Guerre des Dieux se battre à travers les plaines voisines, désireux de pouvoir un jour prendre part à cette bataille interdite. Jusqu'au jour où Gower défia les lois établies par Sucellus en quittant la forêt pour passer de l'autre côté des montagnes."

 

     Les branches tentaient de stopper l'avancée du satyre, les racines et les mauvaises herbes s'enroulaient autour de ses sabots, mais il continuait de charger droit devant, arrachant les plantes sur le sol. Loin derrière, ses frères l'appelaient, et un bruissement avertisseur parcourut la forêt en direction de son coeur. Mais Gower continuait de charger.

     Passer de la lisière de la forêt au versant rocheux des montagnes était comme passer d'un monde à un autre. Il venait à peine de sortir des frontières des terres de Sucellus qu'il ressentait déjà ses facultés baisser. La forêt l'avait aimé, nourri, et accompagné depuis sa naissance; tandis que rien ne lui semblait émaner de cette roche rugueuse sous ses sabots. Derrière lui, la forêt était restée ouverte, prête à l'accueillir de nouveau, telle une matrice bienfaisante. Mais Gower continua.

     Dans sa forêt, le vent sifflait à travers la canopée, ici, il grondait contre les montagnes. Gower imaginait que c'était le souffle de ces créatures gigantesques qu'il avait vu combattre dans les plaines; et plus il progressait dans son ascension, plus le vent le pressait, plus il changeait de direction.

     Tout avait l'air dangereux par ici. En forêt il était le plus fort des fils de son père, rien ne pouvait lui résister. Ici, les pierres ébréchaient ses sabots et arrachaient sa peau chaque fois qu'il glissait le long du flanc escarpé. Par moments, la montagne tremblait, lui envoyant une pluie de rochers. Un de ces éboulements provoqua même une plaie profonde sur son épaule. Il avait déjà saigné lors des batailles simulées avec ses frères, mais ces blessures, aussi graves étaient elles, se voyaient appliquer le baume naturel de la forêt. Il en était désormais bien loin.

     S'arrêtant à mi-chemin, il jeta un oeil derrière lui pour s'apercevoir qu'il avait depuis longtemps dépassé les plus hauts arbres de la forêt. Il pouvait apercevoir en bas les terres émeraudes de Sucellus et, plus loin, le bleu foncé de l'océan. A l'ouest, les montagnes continuaient de s'étendre; à l'est, la bataille écorchait les plaines où il avait jadis observé tant de combats. Maintenant il apercevait une citadelle flottante, dominant les plaines comme le ferait une pointe rocheuse dépassant des nuages. Ses fortifications et ses bâtiments étaient sculptés dans la roche. Des créatures ailées semblaient avoir pris l'habitude de tourner autour de la citadelle comme un nuage noir.

     C'est alors que de puissants géants se levèrent du sol et commencèrent à lancer des rochers contre la citadelle flottante. Les rochers s'écrasèrent sur l'édifice et provoquèrent les hordes de créatures volantes qui plongèrent en piqué; alors les géants en ramassèrent d'autres pour continuer son bombardement.

     Les dommages sur la citadelle se révélèrent finalement assez faibles, tandis que les créatures ailées ne réussissaient que trop rarement à déloger les géants du sol. La bataille continua pendant des heures, des heures où Gower tentait de terminer son ascension. La nuit tombait et les bruits des rochers frappant l'intérieur de la citadelle, comme les cris lointains de la guerre, s'évanouirent d'un côté comme de l'autre. La lune était basse, comme suspendue au-dessus de la mer, une brume grisâtre dissimulait les étoiles.

     Lorsque Gower atteignit enfin le sommet de la montagne, il aperçut d'où provenait la brume; au-delà, les montagnes brûlaient. De grandes rivières rouge sang s'écoulaient de leurs cimes, les émanations de fumée flottaient dans le vent, et tout autour des montagnes s'effondraient.

     "Tel est le prix de la guerre."

     Un dieu était assis à l'ombre de la cime. Il était âgé, puissamment bâti, et portait une couronne d'or décorée d'opales.

     "Qu'est-il arrivé?" demanda Gower, méfiant mais curieux à l'idée d'en savoir plus sur l'étranger.

     "Un raid sur les terres de Kilmorph. Cette magnifique vallée était jadis emplie de la pureté de Calculpech et de quelques chiens de prairie. Aujourd'hui, il ne reste que cendre et rochers fracassés."

     Gower remarqua une longue lance à côté du dieu. Elle avait à son extrémité les anneaux pouvant accueillir une bannière, mais il n'y en avait pas.

     "Qui êtes-vous?" demanda Gower.

     "Jadis champion de l'espoir, cette époque est révolue. Aujourd'hui je ne suis qu'une victime supplémentaire de cette grande guerre."

     Le dieu se retourna finalement, et considéra Gower, désormais mal à l'aise. Peu disposé à subir son interrogatoire, Gower lui déclina son identité.

     "Je m'appelle Gower, du domaine de Sucellus."

     "Ahh, Gower. Venez-vous rejoindre la guerre ou y mettre un terme?"

     Gower considéra la question. Il n'était venu que pour voir ce qu'il se passait de l'autre côté des montagnes, et pour éventuellement se battre contre les bêtes qu'il avait vu s'affronter dans les plaines. Mais toutes ces destructions, cette forme de guerre, l'offusquaient.

     "Je pensais pouvoir combattre, mais je comprends maintenant mieux pourquoi Sucellus préférait rester en dehors de la Guerre des Dieux. La souffrance y est omniprésente."

     Le dieu sourit. Gower pensait qu'il approuvait cette réponse, mais en réalité, il ne faisait que s'amuser de l'innocence du satyre.

     "Nous pouvons mettre un terme à cette guerre, mais pas au travers de la diplomatie, seulement au travers d'encore plus de souffrance. Lorsque la Création elle-même frémira, lorsque tous les dieux combattront, aucun autre choix que celui de la paix ne sera sensé."

     Alors qu'il en finissait avec ces mots, le dieu se leva, et ses ailes dorées d'Ange se déplièrent. Gower s'éblouissait de pouvoir contempler un être aussi majestueux que Sucellus, le seul dieu qu'il avait jamais connu.

     "Jamais cela n'arrivera," répondit Gower, "jamais Sucellus ne rejoindra cette guerre."

     "Oui... bien sûr... jamais il ne rejoindra cette guerre..."  

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