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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Les Gardiens de la Nature - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

thessa

 

Préambule

     La mort de Sucellus, Dieu de la Nature et des elfes, qui périt dans son face à face avec Mulcarn, avait déclenché l'Âge de Glace, une période terrible qui anéantit presque tous les elfes en conséquence.
     A la mort de Mulcarn, défait par Kylorin, la neige fondit et Nantosuelta, Déesse de la Foi, put ressusciter Sucellus qui accéda au statut de Dieu de la Vie laissé vacant par Nemed depuis la Naissance de l'Homme. A sa mort, son archange Cernunnos l'avait remplacé en tant que Dieu de la Nature.
     L'Âge de Glace terminé, Sucellus et Cernunnos purent assembler leurs nouveaux préceptes et participer à la renaissance d'Erebus, redonnant ainsi confiance aux elfes d'Arendel Phaedra, Reine de la Cour Féérique Ljosalfar, qui sortirent à nouveau des quelques bosquets cachés qu'ils contrôlaient encore.


Thessa

     Thessa n'était âgée que de quarante étés lorsqu'elle posa pour la première fois les yeux sur Devon. Elle était assise sur les branches d'un arbre ancestral alors qu'il allait, seul, le long du sentier au-dessous d'elle. Elle avait déjà entendu parler de lui, et de sa mère, tellement belle qu'un ange en était tombé amoureux. Et c'est de leur union qu'était né Devon, un elfe encore plus élégant et talentueux que tous les autres.
     Comme Thessa se penchait davantage sur la branche pour l'observer de plus près, il leva son regard vers elle et la fixa droit dans les yeux. Elle en fut si bouleversée qu'elle perdit l'équilibre et dégringola dans le fourré se trouvant en bas. Elle était étendue, là, étourdie, mais n'était pas certaine de savoir si sa chute ou son embarras en était la cause. Une main délicate saisit la sienne, et l'aida doucement à se relever.
     "Faites attention Damoiselle, ces branches prennent souvent en traître l'imprudente. En particulier celle qui concentre son attention... ailleurs." Il sourit; plus tard cet instant comptera parmi les plus beaux trésors de sa mémoire.
 
     Thessa avait été élevée pour devenir l'un des mages les plus puissants de sa petite tribu elfe. Dans ses premières années, elle surpassa ses condisciples dans la plupart des enseignements, et parfois même ses professeurs. Une nuit, elle réussit à faire croître un chêne jusqu'à sa taille maximale à partir d'un gland qu'elle avait trouvé par terre, bien que l'épuisement provoqué par cet effort la laissa inconsciente pendant plusieurs jours.
     Seul un incident réussit à affecter la haute opinion de ses professeurs à son endroit. Elle fut un jour surprise en train de lire un grimoire de nécromancie, un livre volé jadis aux Calabims, que la plupart des vieux mages croyaient détruit depuis fort longtemps, ou du moins caché en lieu sûr. Elle se vit immédiatement confisquer ce livre, mais il leur avait semblé que la jeune fille ne pouvait avoir eu le temps d'être séduite par ces sortilèges interdits. L'incident fut oublié, comme Thessa prouva rapidement qu'elle était une étudiante assidue et brillante.
     Le jour où son éducation formelle arriva à son terme, la position d'Archimage lui fut offerte. Son sens du devoir la contraint à accepter, quand bien même son désir le plus ardent était tout autre.
     Au Festival de Beltane, elle et Devon dansèrent toute la nuit. Les longs cheveux noirs de Thessa, décorés d'une plume en or, s'envolaient en cadence au rythme des chansons elfes et des morceaux de flûte. Le village dansait et s'amusait sous les arbres et la lumière des étoiles. C'était la nuit la plus extraordinaire de sa vie.
     Mais les ennuis venaient de faire leur apparition dans la forêt elfe, habituellement si tranquille. Des éclaireurs revenaient des pays limitrophes avec d'horribles nouvelles, non pas celles de l'intrusion d'une armée ennemie, mais de quelque chose de plus sinistre encore. Un mal très étrange était apparu. Il faisait l'herbe se flétrir puis mourir, et les plantes les plus vigoureuses s'arracher de la terre; des pousses remplies de pus répandaient davantage la contamination par leurs graines. Quelque chose devait être fait avant que les premiers animaux ne meurent, et naturellement, on appela au secours l'Archimage.
     Thessa accepta volontiers, elle était à ce point accoutumée à ses formidables pouvoirs que chaque tâche qui lui était proposée lui paraissait le plus souvent aisée. Pourtant la contamination se révéla trop forte pour elle. Même ses sorts de purification les plus puissants ne pouvaient fournir qu'une assistance momentanée, sur une petite superficie, et cela au prix de plusieurs jours d'épuisement. Alors la pourriture avança sans plus aucune opposition, rampant lentement en direction du coeur de la forêt, et d'Uireb, la capitale Ljosalfar.
     Devon espérait se marier avec la jeune femme. Il avait fait sa demande lors du Festival, et elle avait pu ressentir s'accroître son impatience alors que les jours défilaient. Finalement elle accepta, même si elle était désormais plus occupée à chercher des moyens d'arrêter la lente dégénérescence des bois. Alors les deux familles s'attelèrent aux préparatifs de la grande fête, celle de l'union divine de l'Archimage et de l'Aasimar.
     En attendant, Thessa continuait à mener sa guerre contre la mystérieuse force sévissant dans la forêt. Elle avançait en direction de l'origine de la contamination, mais ne put localiser son emplacement spécifique. Elle semblait être apparue dans plusieurs endroits à la fois, et l'archimage elfe redouta même que quelque malveillant mage ait jeté un très puissant sort d'entropie sur sa patrie. A son retour, elle découvrit une clairière où gisaient deux daims, morts, leurs cadavres couverts d'une teinte violet foncé. Alors elle s'assit sur la terre noircie par les cendres, désespérée, lorsque soudain, une terrible prise de conscience la bouleversa.
     Elle pleurait les vies qui venaient d'être perdues ici, et celles qui le seraient là-bas.
     La fête en l'honneur du mariage était tellement magnifique. Il y avait un banquet de fruits exotiques et d'excellents vins, un grand nombre de musiciens très talentueux; il y avait aussi des chants et des danses. Thessa paraissait préoccupée, mais la plupart des invités le remarquant pensèrent juste que la fiancée était tracassée par son travail. La nuit tombant, les invités commencèrent à quitter la clairière que dominait le grand chêne rouge, laissant sur le lieu de la cérémonie les jeunes mariés consommer leur mariage, en accord avec la coutume elfe.
     Ainsi tous deux restèrent; les yeux de Devon brillaient avec une telle intensité, une telle joie, une telle espérance, que Thessa avait du mal à supporter son regard. Pourtant elle se força à sourire, puis s'approcha doucement de lui. Devon était trop ému par cet instant pour remarquer l'absence de lumière dans les yeux de sa promise, et les larmes qui commençaient à couler le long de ses joues. Il essaya de l'embrasser, mais elle le repoussa; elle regarda ses yeux une dernière fois, et murmura doucement:
     "Je suis désolée."
     Avant que Devon ne puisse esquisser le moindre mouvement, elle tira le poignard cérémonial qu'elle avait glissé dans sa robe, pour lui planter dans le coeur, marmonnant d'incompréhensibles mots qui n'avaient pas été entendus dans cette forêt depuis plusieurs centaines d'étés. Elle lança ensuite un sortilège qui fit s'échapper la force de vie du corps de Devon pour l'unir avec son propre pouvoir magique. Ayant emmagasinée toute l'énergie du défunt, elle invoqua de nouveau son sort de purification. Cette fois-ci, une onde de choc émana de la clairière, flottant à travers les airs, les arbres et la terre, et balayant la forêt de toute part jusqu'à son entière désinfection.
     Le soleil se leva. Il éclairait joyeusement toute une verte forêt luxuriante, foisonnante de vie. Tout était parfait, à l'exception d'un corps allongé dans une clairière, et d'une femme éplorée assise à ses côtés, la tête enfoncée dans le creux de ses mains.

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