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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

L'Esprit de Mulcarn

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

auric

 

Préambule

 

     Le jeune Auric Ulvin, menant un groupe d'enfants humains et vagabondant dans la Vallée des Ombres, se retrouva prisonniers des Ex-Elfes d'Haerlond.

     Varn Gosam, le plus jeune frère d'Haerlond, les aida à sortir de prison après que sa femme Talia enseigne à Auric les rudiments de la sorcellerie.

      A la frontière de la Création, Auric utilisa la seule source de magie pure (un mana de Soleil) qu'il put trouver, et réussit à aveugler Haerlond et son armée, lancés à leur poursuite. Alors Auric s'enfuit, prenant la direction des étendues glacées du nord...

 

 

Auric Ulvin

 

     A la poursuite de ses visions et de ses rêves, Auric avançait péniblement à travers les déserts de glace, laissant derrière lui ses compagnons oubliés, ou déjà morts. Il n'aurait pas su dire s'il suivait ou fuyait le dragon ivoire, aux ailes semblant se déployer aussi loin que l'horizon, ce dragon blanc dont le grondement résonnait toujours dans sa tête. La bête voulait le tuer, et il aurait été tellement plus simple de s'effondrer dans la neige pour se laisser mourir, mais il continua sa route.

     Le froid l'aurait-il tué? Il portait des guenilles de prisonnier et marchait depuis des jours à travers le blizzard sans pourtant paraître affecté. Enfin, c'était sans compter la folie. Mais si sa folie était le fait du froid, elle l'en protégeait aussi, ou plutôt lui faisait croire qu'il le dominait et que son impact sur lui était nul. Alors il continuait sa marche en avant.

     Plus tard, il appellera cette région Letum Frigus, les vestiges d'une montagne encerclée sur des kilomètres par des anneaux de glace concentriques, comme des vagues gelées s'échappant d'un même point central. La montagne était jadis creusée de gigantesques cavernes, en majorité détruites aujourd'hui, puisqu'au plus profond des décombres certaines demeurent encore.

     Des jours durant, Auric erra dans ce qui restait de ces cavernes, avançant lentement mais toujours plus profondément dans la montagne. A de nombreuses reprises il dû rebrousser chemin devant certains passages entièrement bloqués, pressé qu'il était par des esprits ne voyant pas le labyrinthe comme il était, mais comme il avait été. Il se savait observé par des hommes des temps anciens, ces fantômes vivants restés dans ce lieu sacré malgré le départ de leur dieu; un peuple que l'on appelait jadis les Illians. Auric dû même enjamber dans ces cavernes les corps de ceux qui les avaient pénétrées avant lui, les cadavres des hommes tués par les esprits Illians. Mais lui, ils ne l'attaqueraient pas. Lorsqu'Auric trouva le coeur de la montagne, il ne s'y engagea pas directement, mais jeta d'abord un oeil à travers la voûte détruite faisant office d'entrée. Même les Illians n'avaient jamais osé pénétrer la salle. Auric essaya d'y apercevoir quelque chose de divin ou de magique, mais il ne remarqua rien de tel. Seuls les échos de rites ancestraux et les apparitions d'une magnifique épée avec 21 glyphes sur sa lame arrivèrent jusqu'à son esprit, mais rien de bien réel. Il semblait n'y avoir aucun danger; rien ne rendait l'endroit hostile, mais rien ne donnait non plus envie de franchir le seuil. Auric finit tout de même par entrer.

     Trois jours s'écoulèrent avant qu'Auric Ulvin ne ressorte de la salle. Il n'était plus le garçon débraillé d'Auspire, l'adolescent prisonnier de la Vallée des Ombres, le fils de la veuve d'un fermier. Ce qu'il était devenu n'est certain pour personne, et Auric ne raconta jamais ce qui s'était passé dans cette pièce, mais il en ressortit avec l'obéissance des Illians.

     "Vous fûtes jadis les plus grands des érudits et des prêtres de la Création, toutes les nations vous rendaient hommage. Vous croyez ces jours révolus, vous rêvez du retour de votre seigneur, mais je vous le dis, celui-ci ne reviendra pas. C'est moi votre seigneur à présent, oubliez ce que vous avez perdu et ne pensez plus qu'à ce que vous pourrez gagner; suivez-moi et je vous rendrai votre gloire. Et de nouveau ce monde sera vôtre."

     Ils entendirent l'appel d'Auric, et ils le suivirent.

 

 

Wilboman

 

     Le Géant de Glace fumait légèrement. Il se dégageait toujours un peu de vapeur de son être, excepté lorsqu'il se trouvait dans les régions glacées les plus profondes, ces terres où les températures ne s'élèvent jamais au-dessus de celle du gel, même en été. La seule raison pour laquelle il avait survécu le jour où il avait rejoint une expédition lointaine de Letum Frigus était ce contingent de mages qui l'avait suivi, partout, invoquant des sorts de Glace pour l'empêcher de fondre. Cependant, la chaleur continuait de faire bouillir le cerveau de la créature, annihilant le peu d'intelligence qu'elle eût jamais possédée, la rendant furieuse, irrationnelle et bien plus dangereuse. Le géant était aussi moins réactif et un peu plus lent qu'il ne l'aurait été sur ses terres, mais cela importait peu puisqu'il avait la force écrasante d'un glacier. C'était un instrument brutal; et comme un glacier, il se déplaçait très lentement, mais ne laissait jamais rien survivre à son passage.

     Au sein d'une armée, la créature pouvait de temps à autres se déchaîner et tuer certains de ses alliés, tel était le prix à payer pour user de sa puissance. Auric savait cela mieux que quiconque encore en vie. Du moins, mieux que les gens qu'il connaissait ou avait connu; chaque fois que cela arrivait, un frisson dont il n'était pas responsable parcourait son échine, et il recevait, une seconde durant, la vision d'un vieil homme aux yeux sévères et froids, maniant une épée magnifique...

     L'effort et l'investissement à avoir autant de mages dévoués au seul travail de garder le Géant de Glace (ce qui les exposait la plupart du temps au danger) étaient importants, mais puisque Auric y voyait un intérêt, le jeu devait en valoir la chandelle. Il comptait effectivement sur la puissance du monstre pour atteindre ses objectifs.

     Évidemment, la nature versatile de la créature devait être réfrénée autant que possible, afin d'éviter qu'elle ne provoque un... regrettable... effet sur le moral des autres soldats Illians. Des monstres capables de vous tuer comme ils tueraient l'ennemi affaiblissent en général l'esprit de groupe. C'est pourquoi il fallait tenter de le dresser.

     Auric pensait que c'était comme entraîner un chien. Bien sûr, cette créature était plus imposante, plus méchante et plus dangereuse que tous les chiens qu'Auric avait pu avoir dans sa jeunesse, mais les principes de base restaient les mêmes: on ne pouvait pas plus raisonner ou convaincre ce Géant de Glace qu'une horde de sangliers. La seule chose qui pouvait marcher, c'était le conditionnement – en effet, on devait faire comprendre à la créature que la Main Blanche était dangereuse, et qu'attaquer la Main Blanche était une mauvaise chose qui entraînait la douleur. A cette fin, le lien mental entre Wilboman et Auric se révélait très utile.

     Pour le moment, la créature marchait d'un pas lourd autour d'une arène remplie de prisonniers terrifiés, et diversement vêtus. Depuis les murs de l'arène, des archers tiraient des flèches dans sa direction, le blessant et l'entraînant dans les nouveaux paroxysmes d'une rage pure et aveugle. Les flèches n'étaient pas dangereuses pour le Géant de Glace, pas plus que des piqûres de punaises sur la peau humaine en tout cas. Son sang visqueux coulait si lentement que même l'entaille la plus profonde d'une épée ne pouvait le faire saigner. Son corps tout entier était couvert de cicatrices, de tâches glacées, où les frondes et les flèches d'innombrables ennemis avaient imprimé leurs marques. Ainsi, l'unique but de cette avalanche de flèches était de le conduire vers des sommets de fureur irréfléchie. Dans les limites de l'exercice, bien sûr.

     Chaque fois qu'il démembrait des prisonniers portant la Couronne des Bannors, ou portant ce maudit Lever de Soleil Amurites, Auric lui envoyait mentalement une petite tape d'encouragement dans le dos. Chaque fois qu'il dirigeait son attaque vers un groupe portant les symboles de la Main Blanche, il provoquait une douleur brûlante qui frappait violemment l'esprit du monstre. De cette manière, et malgré sa lenteur, il apprenait – si l'on peut parler ainsi. Lorsque les derniers "ennemis" étaient supprimés, et que les survivants retournaient à leur chaîne de forçats, Wilboman était emmené par l'un de ses dresseurs, un des rares humains qu'il avait appris à obéir et à croire; celui-ci le ramenait dans la chambre froide dans laquelle il était conservé lorsque Auric n'avait pas besoin de lui.

     Wilboman est issu d'un glacier naturel, il porte le nom de ce vestige du glorieux Age de Glace. Pas très original il est vrai, ce nom lui avait été donné par des soldats, et il lui est resté depuis. Qui sait comment le Géant de Glace se faisait appeler dans le langage simpliste de sa race? Et qui s'en soucie? Il est le dernier des Géants de Glace, et le nom que son clan lui avait donné importe peu dans ce nouvel Age.

     Alors qu'il observait son arme de destruction massive être docilement emmenée au loin, une pensée se glissa dans l'esprit d'Auric: "Wilboman ne sera plus le dernier de sa race pour très longtemps".

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