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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

L'Histoire de Saverous - Partie 8

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Maraphene

 

Acte II - Chapitre 3
 
     Valin emmena Saverous dans un vieux secteur de la ville. En dehors du port, et enfoncé dans un labyrinthe d'entrepôts, se trouvait un petit quartier de maisons serrées et de rues pavées. Une place avait été aménagée pour recevoir la statue d'un chevalier brandissant une épée noircie de la pointe jusqu'au milieu de sa lame. Le chevalier serrait l'épée dans ses deux mains, une expression de détermination durcissait son visage face à l'ennemi invisible, ou peut-être avait-il l'intention d'attaquer éternellement le petit marché aux poissons d'en face.
     “Qui est ce chevalier?” demanda Saverous. Il était parti pour lui demander où et quand ils allaient s'arrêter manger, mais les pieuvres suspendues à l'étalage du marché lui avaient coupé l'appétit.
     “Vous ne le connaissez pas? C'est l'homme qui vous a affranchi, le légionnaire Gil-ganthor de la Première Lumière, il a tué le Prêtre Brûlé. Son épée se serait colorée de noir là où sa lame aurait touché le sang du prêtre. Il est un haut-conseiller de l'empereur maintenant, et il a obtenu autant de titres et de récompenses que l'Ordre peut en décerner.”
     De l'autre côté du marché se dressait un bâtiment massif, et sur son écriteau on pouvait lire, “Fennigrins Tooth”. Valin attacha son cheval au poteau devant l'auberge.
     “Vous connaissez les bonnes adresses!” dit Saverous, montrant du doigt le carrosse qui attendait devant le bâtiment. Le carrosse était bien aménagé, et de la soie écarlate accrochée aux fenêtres voilait l'essentiel du châssis en laiton. Chacun des côtés du carrosse arborait le symbole en or d'une épée se courbant devant le soleil. Un garde était posté devant le carrosse, armé d'une hache longue, plus haute que Saverous lui-même. Il était vêtu d'une chemise ample terminée par de longs gants écarlates que serraient des cordelettes brunes au niveau de ses avant-bras. Aussi, il portait le même type de jambières par-dessus son pantalon, des bottes serrées au niveau des mollets.
     “C'est un confesseur, un statut relativement nouveau à Alexandria. A l'origine, les confesseurs étaient des prêtres entraînés pour combattre les forces du Prêtre Brûlé; des exorcistes, des divinateurs, des saigneurs. Maintenant que la guerre est terminée, la plupart d'entre eux se sont tournés vers l'application de la justice dans les cités de l'empire, et certains sont venus à Alexandria.”
     Ils entrèrent dans l'auberge. Un garde vêtu de la même manière que celui du carrosse était posté devant l'escalier de briques beiges menant à l'étage. Une jeune fille lavait des tables déjà propres et un homme corpulent à la moustache incroyablement vilaine était derrière le bar, essuyant des verres d'un air absent.
     Valin s'approcha du bar et demanda une chambre à l'homme imposant.
     “J'en serais très heureux monsieur, mais j'ai bien peur que nos chambres soient fermées à cette heure-ci. Voulez-vous que je vous offre, à vous et à votre ami, un repas chaud en attendant qu'une première chambre se libère?”
     “Très bien, rien ne presse. il est plus facile pour un homme de manger fatigué plutôt que de dormir affamé.”
     Valin sourit, il paraissait satisfait de ce mot d'esprit mais l'aubergiste l'ignora, jetant un coup d'oeil nerveux au garde en bas des escaliers comme si le mauvais humour était ici un crime. L'aubergiste ne répondant pas, Valin lâcha quelques piécettes sur le bar, et continua.
     “Quelqu'un pourra s'occuper de mon cheval également?”
     “Bien sûr monsieur,” répliqua l'aubergiste, sorti de ses pensées en raison du bruit des piécettes, “Annie s'en occupera tout à l'heure. Prenez un siège, je vais chercher votre dîner et même allumer un feu si vous le désirez.”
     L'aubergiste fit comme promis, et bientôt les deux hommes se retrouvèrent assis devant un feu à manger du ragoût accompagné de petits pains de la taille d'un poing, à la croûte épaisse, voire coriace, et à la mie tendre.
     Penadant que Valin et Saverous mangeaient, à l'étage quelqu'un appela, “Pelicus!” Aussitôt le garde se précipita dans les escaliers, abaissant sa grande hache pour qu'elle passe dans la cage d'escalier. Quelques minutes plus tard il descendit, escortant un homme hâve aux cheveux longs nattés et habillé d'une chemise en lin blanc. Sa peau était pâle et lâchement accrochée à ses os, sa nuque et ses mains étaient recouvertes de bandages imbibés de sang. Il avait l'apparence d'un homme déjà mort mais qui ne pouvait mourir.
     Il tituba derrière le garde, et lui tomba dessus. Le garde le serra au niveau de la nuque, provoquant chez cet homme un vif hurlement puis d'incontrôlables sanglots, le forçant à sortir de l'auberge.
     Encore plus de vermillon apparut dans les escaliers lorsqu'une femme aux cheveux attachés dans le dos avec des anneaux en or les descendit dans de longues robes brodées. L'aubergiste et la jeune fille redoublèrent leurs efforts ménagés lorsqu'elle entreprit de descendre les marches. La femme s'arrêta devant la table de Saverous et de Valin, les examinant tous les deux. Valin ne quitta pas des yeux sa nourriture.
     Saverous le fit. Il remarqua que les yeux de cette femme étaient d'un brun si clair qu'ils en paraissaient presque jaunes. Elle fixa un moment Valin du regard, mais comme il ne dit rien elle entama la conversation.
     “Vous êtes revenu pour demander pardon, frère Valin?”
     "Frère" était un terme ordinairement utilisé pour désigner les individus peu investis dans leur croyance, ceux qui n'assistaient à la messe qu'une fois par semaine. En d'autres endroits ce terme serait amical, mais dans les rangs très régentés de l'Ordre c'était une insulte.
     “Je cherche le pardon de Junil où que je sois, je n'ai pas besoin de venir à Alexandria pour cela.”
     Elle sourit d'un air satisfait, “Vous feignez toujours une dévotion à Junil tandis que vous vous moquez de son culte. Vous affirmez suivre le Dieu de la Loi alors que vous lui désobéissez.”
     Valin ne répondit pas.
     Elle se tourna vers Saverous, “Et vous, savez-vous que l'homme avec qui vous mangez n'est rien de plus qu'un modeste paysan, un ancien chevalier dépourvu de tout statut? Ou a-t-il essayé de vous affubler de quelque autorité qu'il ne possède pas? Vous a-t-il amené à croire qu'il est un chevalier au service de Junil?”
     Saverous ne répondit pas, il recommença simplement à la fixer du regard. Une fois de plus elle lança son rictus de satisfaction et posa ses mains sur la table, elle se pencha jusqu'à l'oreille de Saverous et lui murmura, “Confessez-vous.”
     A ces mots Saverous ressentit une rémission à l'intérieur de sa poitrine, et comme si la réponse lui était arrachée de la gorge il finit par dire, “Oui, il m'a dit qu'il était au service de Junil.”
     Elle se redressa, satisfaite. “C'est un jeu dangereux auquel vous jouez, chevalier solitaire, vous avez quelques amis parmi les anciens mais je ne pense pas que votre attitude restera longtemps impunie. Ne soyez pas surpris le jour où vous verrez un procurateur venir spécialement pour vous. En fait, je serais même négligente si je manquais à mon devoir de vous faire punir pour cette hérésie.”

     Dans un autre monde, un monde de poussière et d'ombres, Galenna se dressait au-dessus de Valin. Elle était un ange de Junil et l'entendait prier en silence pour quelque aide, pour que tout ceci disparaisse, pour être à même de continuer sa mission. L'auberge n'était plus que teintée de gris, avec des reflets d'objets, de gens de grande foi, ou d'émotions. Sur une table, un des couteaux avait servi à tuer un homme, et dans ce monde il était toujours recouvert du sang de la victime. L'esprit d'une prostituée autrefois étranglée dans une chambre de l'auberge était assise dans l'angle de la cage d'escalier, elle se balançait d'avant en arrière en fixant Galenna du regard, refusant de croire qu'elle était morte.
     Les gens dans l'auberge de ce monde étaient représentés ainsi, gris et distants. Dans ce monde, un serpent à plumes s'enroulait autour du cou de l'accusatrice, lui sifflant à l'oreille. Alors qu'elle regardait Valin, le serpent jeta un coup d'oeil à l'ange et lui chuchota encore à l'oreille, la mettant en garde.
      Elle n'entendait pas le serpent comme une personne en entendrait une autre, il la guidait plus qu'il ne la conseillait verbalement. Elle s'éloigna de la table et considéra les deux hommes, peu disposée à s'en aller avant de s'essayer à une nouvelle approche, pas certaine de savoir comment procéder. Le serpent lui donna la réponse.
     “Pourquoi vous arrêter dans une auberge alors que vous possédez une demeure en ville? Avez-vous visité votre femme et votre enfant depuis votre arrivée?”
     Lorsque Valin croisa son regard jaune, Galenna plaça ses mains sur ses épaules, rassurant son esprit.
     “Non, je ne suis pas allé les voir.”
     “Ahh...” continua-t-elle, “vous ne vous inquiétez donc pas de savoir comment ils se portent en votre absence?”
     “J'ai confiance en Junil et en ce qu'il leur donne pendant que j'obéis à ses ordres.”
     Elle sourit. “Oh, il leur a beaucoup donné en effet, il a donné un nouveau mari à votre femme, ainsi qu'un lit à partager. A votre fils il a donné un nouveau père, un père qui n'est pas traître à son culte.”
     Galenna pleura les larmes que Valin ne voudrait pas montrer. La foi de Valin s'atténuait à ces mots, et son reflet dans ce monde spirituel s'estompait.
     Heureuse de l'effet produit par ses mots, la femme se retourna et quitta l'auberge, laissant derrière elle les deux compagnons, l'aubergiste et la jeune fille.
     Saverous rompit le silence, “Quand je pense que tout ce temps j'ai cru que vous, citoyens d'Alexandria, faisiez pousser des fleurs, dansiez et chantiez le soleil brillant, ou l'amitié. Cette femme se serait sentie comme chez elle au sein de l'armée du Prêtre Brûlé.”
     “C'était Maraphene, un confesseur de l'Ordre, et un douzième classe de legion qui, au vu de ses succès, aurait gagné en grade si la guerre avait continué. Je suis à peu près certain qu'elle a déploré la fin de cette guerre. Ses talents ne sont pas vraiment adaptés à la vie domestique.”
     Saverous prit une nouveau morceau de pain, “Quand je pense à tous les gens biens que j'ai rencontrés sur le champ de bataille... et elle je l'ai manquée, quel malheur.”
     Valin offrit un faible sourire pour réponse à cette plaisanterie. Il était venu chercher le salut de Saverous et c'était Saverous qui tentait de le réconforter. Il se demandait comment un homme jadis en première ligne d'une armée démoniaque pouvait devenir bon, ou comment lui-même avait pu passer du statut de paladin respecté à l'homme qu'il était désormais. Et quelles que soient les horreurs dont Maraphene était capable, Valin savait qu'elle n'avait pas menti.

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Ygonaar 28/10/2011 16:50


Voici une fin d'histoire, curieusement en queue de poisson alors que les autres chapitres contenaient une profusion de détails, qui soulève pleins de question. Maraphene est-elle bien Maraphene ou
Kael Corbane déguisé ? Si c'est Maraphene, à quoi correspond le serpent spirituel ? Si c'est Kael, ce dernier correspondrait-il à sa partie démoniaque voyageant de corps ou à une curieuse
résonance spirituelle de Zazim ? Pourquoi Kael s'en prendrait à Valin alors que c'est Saverous qui semble être son objectif ? Pour l'isoler ? Pour l'empêcher d'accéder au pardon de
Junil ?

Bref le débat est ouvert. On peut également se demander s'il existe d'autre texte sur Valin et qui est exactement le Prêtre Brulé...

Amitiés.


Stoik 28/10/2011 23:02



Kael (le vrai, celui qui a écrit cette histoire^^) dit ne pas l'avoir terminée, faute de temps, mais qu'il l'avait bien en tête en écrivant cette fin de chapitre en fait... un jour peut-être nous
en saurons plus, bien que j'en doute! :(


Je peux juste te dire avec certitude que tes questions sont bonnes! Peut-être même y-a-t'il les bonnes réponses dedans? :p


Je découvre ce texte en même temps que toi et j'arrive à peu près aux mêmes conclusions... et je dois t'avouer que j'aime ne pas avoir de certitudes sur toute l'histoire à la fin d'un livre ou
d'un film... ça fait marcher l'imagination... et ce sont aussi ces zones d'ombres qui font le charme du background de FFH2, je trouve! ;)


Le texte de Rosier parle de Valin et du Prêtre Brûlé... mais il arrivera plus tard...