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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

L'Histoire de Saverous - Partie 7

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

Meshabber

 

Acte II - chapitre 1


     La fumée s'enroulait au hasard, comme attrapée par une brise imaginaire dans la petite salle d'invocation. Kael s'agenouilla dans un cercle où les autres étudiants regardaient le mage, montrant en son centre une expérience d'illusionnisme.
     Une silhouette se forma dans la fumée, celle d'un diablotin d'un peu plus de 2 pieds de haut. Sa poitrine était noire comme la suie, elle devenait brumeuse et d'un gris de plus en plus clair au fur et à mesure que l'on avançait le long de ses bras et de ses jambes, jusqu'à ses mains et ses pieds laissant place à de minces traînées de fumée. Les braises issues de son feu dansaient à l'intérieur de son corps et les flammes fouettaient les alentours au hasard, s'installant dans ses yeux, qui flottaient nonchalamment, et séparément, autour de son front.
     Il regardait furieusement les étudiants jusqu'à ce que Bradeline, le mage vêtu d'une toge rouge, crie "Zazim!"
     Les oreilles du diablotin se plièrent sur sa tête à l'appel de son nom.
     "Pourquoi m'avez-vous amené ici?", la voix du diablotin détonna comme de la viande grasse sur un poêlon brûlant.
     "Elles essayeront de contrôler la conversation, de vous emmener là où elles veulent aller. Innocentes au premier abord, elles tenteront de vous piéger. Ne parlez à ces créatures que de ce pour quoi vous les avez appeler, ne les invoquez jamais pour une conversation futile."
     L'un des deux yeux du diablotin fixait Bradeline, pendant que l'autre flottait autour de sa tête, volant d'étudiant en étudiant, à la recherche de quelque faiblesse. Kael avait facilement dix ans de plus que le reste des étudiants, mais il ne savait pas si le diablotin l'avait remarqué. La plupart des étudiants pâlissaient et détournaient leur regard lorsque les yeux noirs du diablotin les rencontraient. Certains le lui retournaient, leur propre peur se trouvant dépassée par la convoitise du pouvoir. A son tour Kael ne réagit pas, et le regard du diablotin passa rapidement à l'étudiant suivant.
     Après examen de la pièce, le diablotin s'arrêta, plaçant ses mains spectrales sur le sol en pierre. Le feu s'intensifia et la fumée s'épaissit, assombrissant momentanément la silhouette du diablotin. Depuis le centre du cercle, ils pouvaient entendre sa voix rugueuse débiter des mots sataniques.
     "Cette créature détraquée essaye d'invoquer ses pairs." Bradeline paraissait presque déçu. "La plupart d'entre elles auraient essayé de s'enfuir, mais ne vous inquiétez pas, chacune de ses tentatives sera bloquée par le cercle d'invocation que vous avez mis en place. Et ses appels ne peuvent pénétrer le cercle de sorcellerie, les symboles, ou la poudre enchantée."
     Bradeline sortit une chaîne de sa ceinture et la dirigea vers le diablotin. Il la laissa retomber, laissant se balancer un médaillon de cuivre orné d'une étoile à six branches pendant qu'il criait encore le nom du diablotin. Bradeline était autant acteur qu'illusionniste. Mais cette fois-ci, Zazim l'ignora.
     La poudre avait reçu l'enchantement exactement comme il le fallait, mais sa composition n'avait pas tout l'argent requis. L'appel du diablotin fut alors entendu, et dans une rafale de vent, la poudre mal préparée s'envola au-dessus des étudiants cernés et choqués. Bradeline n'eut pas le temps de réagir que déjà le grand démon se dressait au-dessus du diablotin, tendait un bras, et lui empoignait la gorge.
     Le démon se dressait presque jusqu'au plafond concave de la pièce. Il avait les sabots d'un bouc, de grosses pattes déformées, le torse et les bras d'un immense gorille. Il avait deux têtes humaines, l'une avec la bouche cousue, hurlant constamment derrière ses lèvres plissées, et l'autre qui semblait avoir récemment eu les yeux arrachés. Du sang et du pus coulaient depuis ce visage, le dernier, jusqu'à dégouliner le long du pectoral droit du démon. Sur l'un de ses avant-bras, le démon avait presque une douzaine d'anneaux d'or incrustés.
     "Dirige-moi, maintenant, marchand de sang!", grimaça le démon. Bradeline l'avait déjà invoqué plusieurs fois, et l'avait forcé à accomplir des actes dégradants, même pour un démon. Le mage leva le médaillon face au visage du démon, celui qui avait des yeux, mais la créature ricana. Il aurait bien joué un peu plus avec Bradeline, mais les étudiants commençaient à crier, lui faisant réaliser qu'il prendrait encore plus de plaisir en ne se contentant pas d'une seule victime. Une étreinte suffit au démon pour briser le cou de Bradeline, puis il jeta le corps du mage contre le mur en pierre de la salle. Aussitôt, il se tourna vers les étudiants.
     Un garçon, avec plus d'égo que de bon sens, commença la récitation d'un sort interdit aux jeunes étudiants. Il dirigea ses mains vers le démon alors qu'il terminait l'incantation. Mais il n'était pas préparé à un sort si complexe, et le feu qui devait être projeté sur le démon parcourut les bras du garçon. Il s'écroula en hurlant tandis que les flammes consumèrent ses épaules, puis sa tête.
     Un autre étudiant, de ceux qui avaient détournés les yeux devant le regard furieux de Zazim, eut ses cris coupés lorsque le diablotin bondit sur sa poitrine et grimpa jusque dans sa bouche. Kael regardait le visage de l'étudiant devenir écarlate lorsqu'il comprit qu'il ne pourrait vivre assez longtemps pour être tué par le démon à deux têtes, qui violentait les autres apprentis. L'étudiant s'effondra, et s'étouffant, il saisit un pan de la toge brune de Kael. Ce dernier l'ignora, il était l'unique personnage immobile de la pièce infernale.
     La seule porte de cette salle était enchantée, et seul Bradeline, ou un autre instructeur de l'Académie, pouvait l'ouvrir. L'objectif était d'empêcher toute créature invoquée de s'échapper et de menacer l'école. Cette précaution avait semblé raisonnable aux étudiants lorsqu'ils apprirent son existence, mais maintenant qu'ils frappaient avec frénésie contre cette porte, ils réalisaient les limites de ce système de protection.

 

 

Acte II - Chapitre 2

     Zazim s'assit sur le rebord de la fenêtre, faisant bien attention à rester en dehors de la lumière du soleil comme de la vue des gens en bas sur la place du marché, très animée en ce jour. Le diablotin avait arraché les pattes d'un cafard et envoyait, pour s'amuser, de minuscules braises sur l'insecte piégé. Ses pattes étaient empilées devant le cafard, comme le sinistre testament de sa propre impuissance.
     “Penses-tu qu'il a conscience de ne pas pouvoir utiliser ses pattes alors qu'il les voit?” demanda Kael. Il ne posa pas cette question parce que la réponse l'intéressait, mais parce qu'il savait l'importance d'impliquer le diablotin pour canaliser son énergie. En effet, lorsqu'il était ignoré, Zazim était encore plus destructeur.
     “Ce serait drôle non?” les lèvres de Zazim s'enroulèrent comme cela semblait impossible, formant une sorte de petit tourbillon sur son visage relâché.
     Le cafard se débattait toujours, convulsant tandis que son cerveau envoyait les messages censés actionner ses pattes, inexistantes. Alors il s'arrêta de bouger; il n'était pas mort mais fatigué de jouer à ce jeu. Zazim grogna, lui envoyant plus de braises encore, qui brûlèrent les moignons auxquels ses pattes avaient l'habitude d'être attachées. Mais le cafard se coucha, pour attendre la mort. Zazim, furieux, voulut l'obliger à bouger en envoyant du feu réel sur l'insecte, qui brûla toute sa chair. Lorsqu'il fut achevé, seul un exosquelette brûlé et une pile de pattes demeurèrent.
     “Est-ce bien lui?” demanda Kael qui regardait en direction de la place du marché. Pour la première fois de la journée, sa voix avait dépassé l'intonation monocorde.
     “C'est un grand homme gris?” Zazim avait la fâcheuse habitude de répondre aux questions par d'autres questions.
     Kael regarda fixement à travers la fenêtre, comme il le faisait depuis le début de la journée, mais il peinait à voir le visage du géant. En raison de sa grande taille on aurait pu penser que l'homme ferait facilement son chemin à travers la foule, mais à la place il avançait humblement, s'écartant à la moindre opposition. Sa taille n'était apparemment pas un atout, mais un obstacle, et il semblait évident qu'il aurait souhaité pouvoir rétrécir et disparaître dans la foule.
     “C'est un Doviello, mais il n'est pas le seul ici, à Alexandria. Comment puis-je savoir s'il est celui que nous recherchons?”
     “Et bien, vous pouvez invoquer Meshabber.” Les lèvres de Zazim s'enroulèrent encore et ses yeux se mirent à briller, avec délice. Mais voyant Kael ignorer sa proposition, Zazim continua avec une question plus utile.
     “Il se balade avec un chevalier?”
     “Il est avec quelqu'un.” La vue de Kael était excellente, c'était un archer de métier, et un bon. A cette distance il aurait même été capable de planter une flèche dans le coeur du géant ou de son compagnon, mais distinguer les traits d'un homme est parfois plus difficile que de le tuer.
     “Il ressemble à un chevalier oui, il possède un cheval de guerre et une lance, il semble aussi qu'il y ait une armure empaquetée sur le dos du cheval. Mais il n'a pas d'étendard et je ne vois rien qui indiquerait à quel ordre il appartient, ou à quel rang.”
     Zazim considéra l'information comme s'il essayait de déterminer s'il s'agissait de la bonne personne ou non. En réalité, il essayait juste de voir s'il pouvait exister un intérêt à feindre de ne pas savoir ou de mentir à ce sujet. Finalement il détermina qu'il n'y en avait pas.
     “C'est lui.” dit-il simplement.
     Kael attrapa sa cape, puis son arc, et referma la porte de la chambre d'auberge si rapidement que le courant d'air renversa presque Zazim du bureau sur lequel il s'était assis. Zazim détestait se retrouver seul et se sentit insulté de ne pas être convié à ce qui aurait certainement été une rencontre intéressante, mais son esprit ne s'attarda guère sur cette déception. Maintenant que Kael était parti, ses règles étouffantes ne s'appliqueraient plus. Zazim sourit de nouveau et se risqua à un furtif coup d'oeil au-dessus du rebord de la fenêtre, en direction de la place du marché.

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Ygonaar 28/10/2011 15:23


Merci pour ces précisions supplémentaires. Il est étonnant de constater à quel point l'image illustrant le Meshabber de Dis, ressemblant à un Balrog moyen, est différent de la description de cette
créature dans le texte. Ne l'ayant encore jamais invoqué dans le jeu, sais-tu à quoi il ressemble? Une tête ou deux?

Amitiés.


Stoik 28/10/2011 22:42



Il n'a qu'une tête dans le jeu si je me rappelle bien, mais peut-être que par 2 têtes il faut comprendre 2 faces (je viens de vérifier et oui en anglais "heads" au pluriel peut signifier 2 têtes
comme 2 faces... je change ça si je trouve confirmation). Pas toujours évident la traduction!^^


(s tu veux le voir dans le jeu, va dans l'éditeur de monde! )


Merci encore pour la remarque! ;)



Ygonaar 26/10/2011 14:35


Je suis bien content d'enfin en apprendre un peu plus sur le fameux Bradeline. Son célèbre puit aurait-il pour origine cette salle d'invocation?

Amitiés.


Stoik 26/10/2011 16:22



Apparemment oui.


J'imagine que l'invocation de Meshabber, non-voulue par Bradeline, mais à cause de Kael Colbane probablement, ait en quelque sorte ouvert une brèche (La même brèche que celle de la Vallée des
Ombres??? Le même puits que celui découvert par Tebryn sur une île?) vers les Bas-Fonds d'Arawn... une brèche qui se serait matérialisée ensuite par un puits sans fond? Qui serait ensuite passé
sous la garde/le contrôle des Elohims?


Je m'y perds un peu je dois avouer... et apparemment je ne suis pas le seul étant donné que je n'ai rien trouvé de fiable ni de certain sur civfanatics...