Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

Le Peuple de l'Armageddon - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

tebryn

 

Préambule

 

     Archimage Amurite durant l'Age de la Magie, du nom de Ran à l'époque, Tebryn Arbandi se retrouva mêlé à une bataille entre une guilde de voleurs et une guilde d'assassins. Laissé sans surveillance par son garde du corps, Ran fut attaqué par un Assassin Vipère qui le tua. Hyborem en personne récupéra son âme et l'introduisit dans les glorieuses tortures de l'Enfer.

 

 

Tebryn Arbandi

 

     L'Age de Glace était un paradis comparé à ce que j'ai enduré. Alors que les hommes se tapissaient au fond de cavernes glacées, alors que les Bannors parcouraient les plaines cendrées de l'enfer d'Agares, j'étais retenu sous la surface fracturée de l'enfer de Camulos.

     Camulos est le Dieu de la Guerre, et son enfer est le lieu d'apprentissage des futurs démons. Ils y apprennent les arts de la guerre chaotique au cours d'interminables conflits faisant rage à sa surface. Les âmes, autrefois morales, y deviennent insensibles aux émotions et aux douleurs infligées. Alors elles commencent à prendre goût à la mort, éliminant avec cruauté les plus faibles d'entre elles au travers des terres volcaniques.

     Sous les guerres, dans des fosses fréquemment ouvertes par les violents séismes secouant le monde, se trouvent de vastes prisons où sont gardées les victimes de guerre. J'ai souffert d'un bout à l'autre du bourbier de Mulcarn, j'ai passé les épreuves de la grande cité de Mammon, mais je fus rapidement une victime de la violence du royaume de Camulos.

     Souvent les tortionnaires cherchent à obtenir quelque chose de leurs victimes, leurs secrets, leur coopération ou encore leur conversion. Mais ici ils nous soumettent à l'angoisse, dans l'unique but de jouir de notre souffrance; et dans un monde sans la possibilité de mort pour échapper au réel, il n'existe plus aucun espoir de mettre un terme à ces tourments. Vous étiez condamné à pleurer, à hurler, pour des siècles et des siècles.

    Les éruptions ouvrent parfois des galeries dans les prisons, faisant s'écrouler des murs et permettant aux prisonniers de s'enfuir vers la surface de ce monde, et d'échapper à ce supplice pour un temps.

     Après l'un de ces effondrements, je me suis enfui vers des terres désolées, où les grains de sable sont si tranchants qu'ils traversent la chair exposée, comme de petits morceaux de verre. Je me suis accroupi sous la peau d'une bête des fosses, pour ensuite m'agripper à l'une des pointes au dos de la créature comme à une arme rudimentaire, afin de me déplacer sur ces terres. Ma grande sorcellerie m'avait manqué en Enfer. Plus loin, je traçai une rune dans le sable, un signe de feu aux liaisons rompues. Une flamme timide dansait à l'intérieur. Vivant, j'aurais pu invoquer des torrents de feu depuis la rune, j'aurais même pu attaquer une ville grâce à elle. Ici, la rune ne faisait que vaciller faiblement.

     Des hurlements vinrent interrompre ma concentration. Les démons évitaient de combattre dans les terres désolées, mais des chasseurs guidés par des cerbères pouvaient les traverser pour traquer ceux qui, comme moi, cherchaient refuge. J'essuyai la rune, la pris avec moi et me mis en route vers le plus profond des terres désolées.

     Ils étaient plus rapides que je ne l'étais, et le cerbère put me flairer. Ils ne suivaient pas leur odorat comme des chiens normaux, ils pouvaient aussi ressentir la peur qui ne pouvait leur échapper. Alors que j'escaladais une autre crête, une silhouette obscure se jeta dans ma direction, une lance à la main. L'homme était émacié, faible, et je le renversai facilement après avoir évité sa lance.

     Je le tirai sur le sol. Il tremblait. Alors je lui chuchotai à l'oreille.

     "Tout se passera bien", je mentais, "je ne te ferai aucun mal, mais nous devons tuer le cerbère lancé à nos trousses."

     Il ne disait rien, mais ses yeux fixaient mon visage, essayant d'y trouver une once de compassion; une denrée des plus rares dans cet enfer.

     "Cache-toi sous la crête", lui ordonnai-je, le poussant dans l'excavation. "Lorsque le chien arrivera, sois prêt avec ta lance pour l'attaquer en même temps que moi."

     Il se cacha sous la crête et je me glissai un peu plus loin. Quelques minutes passèrent et le chien s'arrêta de grogner, il était proche de nous.

     La bête ressentit la peur dégagée par le faible homme, comme je l'avais imaginé. Je l'observais alors qu'elle se dirigeait au-dessus de la crête. Elle s'arrêta de renifler et écouta. Je pouvais moi-même ressentir la peur de cet homme, et je savais qu'il n'était déjà plus qu'un morceau de viande fraîche acquis au cerbère. Dans un mouvement d'une grande fluidité, la bête féroce bondit de la crête pour retomber en face de lui, qui m'appela au secours en armant sa lance.

     Je l'ignorai alors que le cerbère attaquait, déchirant en un éclair le pauvre homme. Ni lui, ni la bête, ne m'intéressaient. J'attendis, jusqu'à l'apercevoir. Une silhouette noire, embrasée de flammes empourprées, avançait, suivant les traces du cerbère. Au moment où il passa devant moi, je lui sautai dessus, enfonçant ma dague profondément dans son cou.

     Le son qu'il émit me fit autant penser au plaisir qu'à la douleur, comme le cri d'un sadique dans l'extase de la mutilation. Mais il était plus fort que j'imaginais, et la pointe de la dague dépassant de son cou ne suffit pas à le ralentir. Il leva un bras et me jeta au sol. Je roulai puis revins sur mes appuis, juste assez rapidement pour appréhender son attaque suivante. Le cerbère traînait le corps de l'autre homme dans notre direction, et la lueur des yeux rouges foncés du reste de sa meute apparurent soudain depuis l'obscurité des terres désolées. Leur nombre dépassait la douzaine. Le chasseur ne prit jamais la peine de retirer la dague de son cou.

     Un corbeau nous survolait. Le voir évoluer en enfer était aussi surprenant que de voir un démon parcourir Erebus. Mais l'effet sur le chasseur et sa meute fut immédiat. Ils s'enfuirent dans toutes les directions, abandonnant même derrière eux le cadavre de leur récompense.

     Le corbeau se posa. Il était plutôt gros, mais pas anormalement. Il griffait le sol puis sautillait, et recommençait, tout en m'ignorant. J'avais perdu la dague, et sans aucune autre sorte d'arme, je savais n'avoir aucune chance de m'en tirer. Me souvenant de la lance du défunt, je commençai à me faufiler en réussissant à éviter le corbeau, et finis par atteindre le pied de la crête où le cerbère et l'homme s'étaient battus.

     Alors seulement je remarquai ce que le corbeau avait gratté: une rune de feu aux liaisons rompues. A cet instant, le volatile me regarda pour la première fois.

     Elle était exactement comme la rune que j'avais tracée, parfaitement dessinée. Je m'approchai du corbeau qui courbait la tête en me regardant. Je pris une grande inspiration et me détendis pour atteindre la rune. Je ressentis aussitôt sa puissance monter en moi. Un feu jaillit de la rune comme un tourbillon de gouttes brûlantes, montant plus haut que le dessus des collines des terres désolées, et retombant le long de la crête, retombant tout autour de moi. Il était comme une fontaine de feu doré, comme un immense doigt brillant qui transperçait le ciel.

     Ce pouvoir je le connaissais, je l'avais autrefois. Les chasseurs viendraient voir le phénomène de plus près, accompagnés de leurs meutes de cerbères, puis arriveront les tortionnaires et toutes les machines de guerre de l'enfer de Camulos. Et je purgerai ce monde effroyable.

     Le corbeau n'était plus là. A sa place, flottait au ras du sol une femme magnifique, elle portait une robe de couleur pourpre. Le vêtement voletait autour d'elle dans un labyrinthe de plis qui la cachait, mais offrait des aperçus aguicheurs de sa peau pâle et parfaite. La moitié d'un masque d'obsidienne recouvrait le côté gauche de son visage. La partie droite découvrait des lèvres rouges et pulpeuses, et ses yeux s'harmonisaient avec le pourpre de sa robe.

     "Depuis trop longtemps tu habites ces terres!"

     Le feu retournait dans la rune. Je sentis alors chuter la puissance en moi. Je haletai et tombai sur mes genoux, tout en essayant de le retenir, mais il m'échappa et je redevins aussi faible qu'avant. Je hurlai, c'était aussi cruel que l'ensemble de ce que j'avais pu souffrir jusque-là.

     "Rendez-le moi!" Je la menaçais, puis réalisai n'avoir aucune arme en ma possession.

     Ses yeux rétrécirent dangereusement. Son corps se déforma et s'agrandit, à moins que ce soit le monde qui rétrécissait, jusqu'à ce qu'elle encombre le ciel et que sa robe m'enveloppe.

     "Je suis Ceridwen", dit-elle, la terre gronda au son de sa voix, "et je peux t'envoyer dans des mondes bien pires que celui-ci. Si tu souhaites être un jour libéré, tu devras me vénérer, car je suis la seule à pouvoir briser tes chaînes."

     Et je tombai à terre et la vénérai.

 

     J'avais oublié ô combien la Création était belle, à moins de ne pas y avoir assez fait attention auparavant. L'île sur laquelle je marchais était fertile et luxuriante. Aucun animal terrestre n'y vivait, seuls quelques oiseaux aux couleurs chatoyantes poussaient des cris et s'envolaient, contrariés parce que j'avançais dans leur direction.

     Un immense puits se trouvait au centre de l'île. Il se trouvait suffisamment loin de la côte pour qu'aucun galion ne puisse l'apercevoir depuis l'océan; il était plus profond que le monde. Les rochers autour du puits ressemblaient à du vieux granit; mais je savais que cette roche était le fondement de la Création et devait être plus solide que du simple granit. Aucun animal ne se trouvait dans les environs.

     Je commençai à tourner autour du puits. A chaque pas, je m'arrêtai pour tracer une rune sur la roche. Bien que les effets de ce que je faisais semblaient mineurs, et j'étais pourtant plus puissant que jamais, il me fallut toute ma force de volonté pour gratter la roche. Entre chaque rune je me reposais, réitérais les demandes de Ceridwen, et m'assurais que chaque étape correspondait exactement à ce qu'elle avait décrit.

     Une fois le tour du puits terminé, il faisait déjà nuit. J'étais sur le dernier rocher, prêt à tracer la dernière rune. Mais avant, je dessinai des lettres d'argent sur une étoffe noire, lançai un sort, et plaçai enfin le tissu devant mes yeux. A travers, je pouvais voir le monde des esprits. A cet instant, ceux des morts parcouraient l'île, se jetant d'eux-mêmes dans le puits pour passer de ce monde vers l'Au-Delà.

     Alors je terminai la dernière rune. Alors, dans un crissement qui me rappela de douloureux souvenirs de l'enfer de Camulos, les rochers commencèrent tous à bouger. Le puits commençait à se refermer.

     Les esprits troublés se précipitèrent en direction du puits, sentant l'Au-Delà leur être volé. Mais provenant de l'intérieur du puits, j'entendis le doux son de battements d'ailes. Un vent froid en remonta et je vis une silhouette s'envoler depuis ses profondeurs, dans ma direction. La femme avait un tissu devant les yeux, tout comme moi. Des bandelettes déchiquetées étaient tissées le long de ses bras et elle portait une robe en lambeaux. Ses ailes étaient sombres et sa peau, pâle comme l'ivoire, pâle comme la lumière de la lune filtrée à travers une canopée de branches.

     Mais elle n'était pas assez rapide. Je la devançai et amenai tous les esprits dans ma direction, les canalisant dans la dernière rune, ébauchée sur la surface rocheuse qui se refermait. Alors un grand miroir se présenta rapidement devant moi, un miroir pouvant renvoyer les êtres qui essayaient de passer à travers, et transformant les esprits en silhouettes démoniaques.

     Les esprits rendirent la rune plus puissante, se faisant piéger à l'intérieur. Ils hurlaient et combattaient la rune, mais ne pouvaient lui réchapper.

     Pour tester cette nouvelle magie, je me dirigeai vers un pommier; les oiseaux ne s'approchant pas si près du puits, ses fruits étaient absolument intacts. Mais il était très tôt dans la saison, si bien que quelques petites pommes seulement pendaient à ses branches.

     Je traçai une rune d'Atrophie sur son tronc et l'arbre se flétrit immédiatement, pour finalement mourir. Les petites pommes tombèrent alors que les branches maigrissaient et se fragilisaient. Puis, plus rien, jusqu'à ce que l'arbre repousse, mais pas jusqu'à sa taille originale. Il était sombre et déformé par le sort, mais pas complètement mort. Sur ses branches, de nouveaux petits fruits fleurissaient lentement, mais cette fois-ci ils étaient d'une couleur rouge-brun foncé.

     Ma mission venait de débuter. Le marché passé avec Ceridwen commençait ici et maintenant, je devais déclencher l'Armageddon sur la Création. Si j'échouais, je retournerai dans la prison éternelle de l'enfer de Camulos. Et bien que son objet sera de détruire le monde entier, ma mission réussie me permettra de ne plus jamais connaître les tourments de l'Enfer.

Commenter cet article