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Erebus

L'univers "dark fantasy" d'Erebus et ses centaines d'histoires traduites du mod de Civilization IV: "Fall From Heaven II"

L'Aristocratie Vampirique - Partie 1

Publié le 31 Octobre 2016 par Stoik

flauros

 

Les Calabims

     L'Age de Glace avait presque sonné le glas de la race des Vampires. Lorsque ses immenses couches de neige recouvrirent les terres auparavant fertiles, source de leur nourriture principale, les humains commencèrent à se faire rares et se rassemblèrent autour de petites tribus. Craignant un pire destin que celui de la mort, à savoir une éternité d'agonie, privés de nourriture fraîche, la plupart des vampires essayèrent de s'accrocher aux communautés toujours plus minces des survivants. Toutefois, un vampire esseulé, piégé par un petit groupe d'hommes, passait très vite du statut de chasseur à celui de chassé. Les uns après les autres, ils furent donc envoyés très nombreux dans l'Au-Delà.
     Parmi les quelques vampires qui échappèrent aux chasseurs, la majorité d'entre eux revint à une existence sauvage, vivant des différentes sortes de sang de qualité inférieure trouvées dans la nature, bien que dégustant à l'occasion celui de l'humain suffisamment infortuné pour être attrapé seul. Mais quelques uns des plus sages comprirent que le seul moyen de survivre résiderait dans la transition naturelle du statut de parasite à celui de maître.
     Mené par les deux enfants de Gabella, les jumeaux Alexis et Flauros, un petit groupe de vampires qui avait survécu jusque-là, "adopta" une tribu d'humains. Utilisant leur pouvoir d'immortalité, non affecté par le froid ou la fatigue, et jouissant d'une vitesse comme d'une vision incroyable, ils s'assurèrent que la tribu bénéficierait d'assez de nourriture nécessaire à sa survie. En échange, ils demandèrent aux humains de leur fournir une ressource inépuisable: quelques gouttes de leur sang. Mais les pouvoirs d'un vampires ne se limitent pas à des sens et une force surnaturels, leur plus grand pouvoir est celui de l'esprit.
     Lentement mais sûrement, à force de ruse et de persuasion, et agitant l'appât du "Sombre Présent" pour convaincre les meilleurs et les plus forts des hommes à les aider, les vampires se frayèrent un chemin jusqu'au sommet de la petite société humaine. Certains voulurent s'opposer à eux, au risque même de laisser échapper les précieuses capacités de ces grands chasseurs. Mais ceux qui le firent, connurent certaines mésaventures, ou disparurent.
     Lorsque les humains comprirent enfin ce qui se jouait véritablement, il était déjà trop tard. Le piège d'une situation infernale se refermait sur eux, découvrant qu'ils ne valaient désormais guère plus que du bétail aux yeux d'une classe grandissante de la noblesse parasitique, et tout cela du fait de leur propre libre arbitre.
     Aujourd'hui, Alexis et Flauros sont la Grande Princesse et le Grand Prince d'une société dépravée, désespérée, de Valets Sanglants et d'esclaves contrôlés par les Grandes Couvées, ces familles vampiriques dirigeant chacune des villes comme ses propres fermes domaniales, vivant dans un luxe décadent, et rassasiant à volonté leur besoin de sang frais. Les Calabims sont au sommet de l'évolution des vampires, et cette abomination de l'Age de la Renaissance est l'ennemi naturel de toutes les nations saintes d'Erebus.


Flauros

     "Comment t'appelles-tu?" lui demanda le Chambellan. Ce dernier avait les traits typiques de la noblesse: des yeux jaunes et ternes, un aspect très pâle, et le plus significatif d'entre eux, un rictus méprisant perpétuellement dessiné sur ses lèvres fines. Elle tentait de dissimuler les frissons la gagnant.
     "Taerry, monsieur," murmura la jeune fille.
     "Approche-toi, fillette. D'abord, ne lui donne pas ton nom tant qu'il ne te l'a pas demandé. Aussi, ne l'appelle pas autrement que Monseigneur, ou Maître. Et si tu veux revoir ta famille, fais tout ce qu'il te demande. Nous sommes bien d'accord?"
     "Oui monsieur," répondit-elle, et le Chambellan se retourna sans lui adresser aucun autre regard, fermant la porte derrière lui. Taerry s'autorisa à jeter quelques rapides coup d'oeil tout autour de la chambre en allant s'asseoir au bord du lit. La chambre était pleine d'extravagances qu'elle n'avait jamais imaginé pouvoir exister. Elle remarqua les draps et les rideaux en soie, les tapisseries vieilles de plusieurs siècles, toujours éclatantes, les meubles sculptés à partir de sapins ancestraux importés pour moitié depuis l'autre bout du monde, et un grand miroir plaqué argent d'un blanc virginal. Taerry sut qu'elle n'était ici pas à sa place lorsqu'elle se vit dans le miroir, blottie dans sa modeste robe en laine, crasseuse.
     La porte s'ouvrit très soudainement, attirant vivement son attention sur lui. L'être entrant rendit alors le reste de la chambre aussi ordinaire que la saleté sur les bottes de la jeune fille. Il était beau comme elle n'avait jamais vu personne l'être, que ce soit chez les gens épuisés de son village ou chez les nobles arrogants des villes. De par ses yeux perçants et sa stature élégante, il donnait l'impression de débarquer de temps plus anciens, de temps où les hommes n'étaient pas vraiment éloignés des dieux eux-mêmes. Il avait également cette dernière caractéristique: l'air de celui qui savait le plus simplement du monde que tout lui appartenait, sans avoir à le prouver.
     Taerry se sentit infiniment petite lorsqu'il se dressa devant elle. "Bonjour, mon enfant. Ne sois pas effrayée," lui dit-il. "Je suis certain que tu as entendu toutes sortes d'histoires à mon sujet."
     "Non, monseigneur."
     Il sourit. "Je t'ai vue travailler dans les champs, ma chérie, et j'ai demandé à ce qu'on t'amène ici. Vivre au château, comme je le fais, me confine à l'isolement. Ce n'est pas une bonne chose pour un décideur d'oublier à quoi ressemble son peuple. Comment t'appelles-tu?"
     "Taerry, Monseigneur."
     "As-tu une famille, Taerry?" lui demanda-t-il, posant une main sur son épaule. Elle sursauta d'instinct à son contact, alors ses yeux rétrécirent nettement. "Je t'avais dit de ne pas avoir peur, Taerry."
     "Monseigneur, je suis pas, c'est juste que... J'ai jamais été seule avec un homme auparavant. Depuis que ma mère est morte et que mon père chasse mes amoureux, pour que j'aide mes petites soeurs, je veux dire..."
     Il saisit son autre épaule, la forçant à le regarder droit dans les yeux. "Ah, Taerry, relaxe-toi. Oublie tout cela maintenant. Tu n'as pas à t'en faire au sujet de tes prétendants, ni de tes parents d'ailleurs."
     Elle voulut protester, mais vit le danger dans ses yeux. "Oui, Monseigneur."
     La souffrance ne fut pas aussi intense qu'on avait pu lui raconter. Après la première morsure, elle laissa vagabonder son âme, imaginant être ailleurs que dans cette chambre, imaginant être dans sa propre masure, le lit défait, imaginant que cet homme n'était pas son Roi, abusant de ses prérogatives, mais son mari...
     Elle laissa s'échapper un long soupir de souffrance. "Maître, arrêtez!" La douleur s'intensifiait, elle ressentait son propre sang ruisseler le long de son cou. Elle cria encore, se débattit de tout son être, sans le moindre espoir d'échapper à l'étreinte. L'homme ne répondit pas à ses supplications. Finalement elle s'écroula, silencieuse, et le monde s'assombrit autour d'elle jusqu'à en devenir totalement noir.

     Le Chambellan ouvrit la porte de la chambre royale, le Prince était vêtu d'une robe en soie. Sur le lit derrière lui était allongée la jeune fille, la peau marbrée, gisant dans une mare de sang. Flauros s'essuyait la bouche.
     "Est-elle toujours en vie, Monseigneur?" demanda goulûment le Chambellan.
     "Plus qu'elle n'a jamais été. Tu peux agir avec elle selon ta volonté."

     Alexis remarqua l'aspect négligé du Prince tandis qu'il marchait, souriant, à l'intérieur de la salle du Roi, pour finalement s'affaler sur son trône. "Faut-il toujours que tu t'amuses avec la nourriture, mon frère?"
     "Alexis, si tu restes dans les parages jusqu'à la fin du monde, avec cette attitude, il se peut que jamais tu ne vives la jouissance d'une véritable journée. La nourriture est faite pour être dégustée, il n'y a d'ailleurs pas de saveur plus exquise que celle d'une jeune fille en plein émoi et que l'on vient d'arracher à sa famille. Aurais-je donc manqué la venue de l'ambassadeur Kuriotates?"
     "Oui, à l'instant. Il proposait la paix, comme d'habitude."
     "Et tu l'as renvoyé chez lui avec un 'non' j'imagine?"
     "Je suis persuadée que le bébé Roi conclura de la sorte lorsqu'il s'apercevra que jamais son ambassadeur ne reviendra. Je n'ai jamais aimé gaspiller la nourriture, même quand elle sent le cheval."
     "Tu vois, chère soeur! J'ai mes propres jeux, et tu as les tiens."

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